Espaces préhilbertiens réels. Endomorphismes d’un espace euclidien
Chapitre 08
PSI (2e année) — Chapitre 08. Produits scalaires, orthogonalité, projection orthogonale, formes linéaires, matrices orthogonales, isométries vectorielles (plan et espace), réduction des endomorphismes autoadjoints et des matrices symétriques réelles.
Ce chapitre a été réalisé conformément au programme marocain de mathématiques de la filière PSI.
Dans tout ce chapitre, E désigne un \mathbb{R}-espace vectoriel de dimension finie n \geq 1, muni d’un produit scalaire noté \langle \cdot, \cdot \rangle, et de la norme associée \|x\| = \sqrt{\langle x, x \rangle}. On note \mathscr{B} = (e_1, \ldots, e_n) une base orthonormée de E.
1 Produits scalaires
1.1 Définition
Définition 1.1 — (Produit scalaire)
Soit E un \mathbb{R}-espace vectoriel. On appelle produit scalaire sur E toute application \langle \cdot, \cdot \rangle : E \times E \to \mathbb{R} qui vérifie :
- Symétrie : \forall x, y \in E, \quad \langle x, y \rangle = \langle y, x \rangle
- Bilinéarité : \forall x, y, z \in E, \; \forall \lambda, \mu \in \mathbb{R}, \quad \langle \lambda x + \mu y, z \rangle = \lambda \langle x, z \rangle + \mu \langle y, z \rangle
- Positivité : \forall x \in E, \quad \langle x, x \rangle \geq 0
- Définie positive : \forall x \in E, \quad \langle x, x \rangle = 0 \implies x = 0_E
Définition 1.2 — (Espaces préhilbertiens et euclidiens)
- Si E est un \mathbb{R}-espace vectoriel muni d’un produit scalaire \langle \cdot, \cdot \rangle, il est dit espace préhilbertien réel.
- S’il est, de plus, de dimension finie, il est dit espace euclidien.
1.2 Norme euclidienne
Définition 1.3 — (Norme euclidienne)
On définit la norme euclidienne associée à un produit scalaire \langle \cdot, \cdot \rangle par : \forall x \in E, \quad \|x\| = \sqrt{\langle x, x \rangle}
Proposition 1.1 — (Règles de calcul)
Pour tous vecteurs x, y \in E, et tout réel \lambda \in \mathbb{R} :
- \|\lambda x\| = |\lambda| \cdot \|x\|
- \|x + y\|^2 = \|x\|^2 + 2\langle x, y \rangle + \|y\|^2
- \|x - y\|^2 = \|x\|^2 - 2\langle x, y \rangle + \|y\|^2
- \|x + y\|^2 + \|x - y\|^2 = 2(\|x\|^2 + \|y\|^2) (identité du parallélogramme)
- \langle x, y \rangle = \frac{1}{4}(\|x + y\|^2 - \|x - y\|^2) (identité de polarisation)
1.3 Inégalité de Cauchy-Schwarz
Proposition 1.2 — (Inégalité de Cauchy-Schwarz)
Soit (E, \langle \cdot, \cdot \rangle) un espace préhilbertien réel. Alors :
Pour tout (x, y) \in E^2 : |\langle x, y \rangle| \leq \|x\| \cdot \|y\| avec égalité si et seulement si la famille (x, y) est liée.
Pour tout (x, y) \in E^2 : \|x + y\| \leq \|x\| + \|y\| avec égalité si et seulement si y = \lambda x avec \lambda \in \mathbb{R}^+.
Preuve. Si x = 0, le résultat est trivial. Supposons x \neq 0. Pour tout \lambda \in \mathbb{R} : 0 \leq \|x - \lambda y\|^2 = \|x\|^2 - 2\lambda \langle x, y \rangle + \lambda^2 \|y\|^2
Le discriminant de ce polynôme du second degré en \lambda est négatif ou nul : \Delta = 4\langle x, y \rangle^2 - 4\|x\|^2 \|y\|^2 \leq 0
D’où |\langle x, y \rangle| \leq \|x\| \cdot \|y\|.
Pour le cas d’égalité, on vérifie que \Delta = 0 si et seulement si x et y sont liés.
1.4 Exemples de produits scalaires
Exemple 1.1 — (Produits scalaires de référence)
Produit scalaire euclidien canonique sur \mathbb{R}^n : \langle x, y \rangle = \sum_{k=1}^n x_k y_k = {}^tX Y
Produit scalaire sur \mathcal{M}_n(\mathbb{R}) : \langle A, B \rangle = \mathrm{Tr}({}^tA B) = \sum_{i,j=1}^n a_{ij} b_{ij}
Produit scalaire sur les fonctions continues : \langle f, g \rangle = \int_a^b f(t) g(t)\, dt
Produit scalaire sur les polynômes : \langle P, Q \rangle = \sum_{k=0}^n P(a_k) Q(a_k) où a_0, \ldots, a_n sont des réels deux à deux distincts.
2 Orthogonalité
2.1 Définitions et propriétés
Définition 2.1 — (Orthogonalité)
Soit (x, y) \in E^2. On dit que x est orthogonal à y, et on note x \perp y, si : \langle x, y \rangle = 0
Définition 2.2 — (Orthogonal d’une partie)
Soit A une partie de E. L’orthogonal de A est : A^\perp = \{y \in E \mid \forall x \in A, \; \langle x, y \rangle = 0\}
Proposition 2.1 — (Propriétés de l’orthogonal)
- E^\perp = \{0\}. En particulier, pour démontrer qu’un vecteur a de E est nul, il suffit de prouver que \forall x \in E, \; \langle x, a \rangle = 0.
- \{0\}^\perp = E
- Pour toute partie A de E, A^\perp est un sous-espace vectoriel fermé de E.
- Pour toute partie A de E, on a A^\perp = (\mathrm{Vect}\, A)^\perp.
- Si A et B sont deux parties de E, on dit que A et B sont orthogonales et on note A \perp B si : \forall (a, b) \in A \times B, \quad \langle a, b \rangle = 0
Remarquons que : A \perp B \iff A \subset B^\perp \iff B \subset A^\perp.
2.2 Familles orthogonales et orthonormées
Définition 2.3
Une famille (e_i)_{i \in I} de vecteurs de E est :
- orthogonale si \forall i \neq j, \; \langle e_i, e_j \rangle = 0
- orthonormée (ou orthonormale) si elle est orthogonale et si \forall i, \; \|e_i\| = 1
Proposition 2.2
Soit (E, \langle \cdot, \cdot \rangle) un espace préhilbertien réel. Alors, toute famille orthogonale de vecteurs de E formée de vecteurs non nuls est une famille libre, en particulier toute famille orthonormée de E est une famille libre de E.
Preuve. Soit (e_i)_{i \in I} une telle famille. Si J est une partie finie non vide de I et (\alpha_i)_{i \in J} une famille de scalaires telle que : \sum_{i \in J} \alpha_i e_i = 0 soit k \in J, alors : \left\langle e_k, \sum_{i \in J} \alpha_i e_i \right\rangle = 0 donc \alpha_k \|e_k\|^2 = 0 et comme e_k \neq 0, on a \alpha_k = 0.
Proposition 2.3 — (Théorème de Pythagore)
Soit E un espace préhilbertien réel. Alors : \forall (x, y) \in E^2, \quad x \perp y \iff \|x + y\|^2 = \|x\|^2 + \|y\|^2
Généralement si m \geq 2 et x_1, \ldots, x_m des vecteurs deux à deux orthogonaux avec m \in \mathbb{N}, m \geq 2, alors : \left\|\sum_{k=1}^m x_k\right\|^2 = \sum_{k=1}^m \|x_k\|^2
Attention ! La réciproque n’est pas vraie si m \geq 3.
2.3 Procédé de Gram-Schmidt
Théorème 2.1 — (Algorithme d’orthonormalisation de Gram-Schmidt)
Soit (E, \langle \cdot, \cdot \rangle) un espace préhilbertien réel et U = (u_1, \ldots, u_n) une famille libre de E. Alors il existe une famille orthonormée E = (e_1, \ldots, e_n) telle que : \forall k \in \{1, \ldots, n\}, \quad \mathrm{Vect}(u_1, \ldots, u_k) = \mathrm{Vect}(e_1, \ldots, e_k)
L’algorithme est le suivant : e_1 = \frac{u_1}{\|u_1\|} \forall k \in \{1, \ldots, n-1\}, \quad e_{k+1} = \frac{u_{k+1} - \pi_k(u_{k+1})}{\|u_{k+1} - \pi_k(u_{k+1})\|} où \pi_k est la projection orthogonale sur \mathrm{Vect}(u_1, \ldots, u_k).
2.4 Expression du produit scalaire dans une base orthonormée
Proposition 2.4
Soit E un espace euclidien de dimension non nulle n et \mathcal{E} = (e_1, \ldots, e_n) une base orthonormée de E. Alors :
\forall x, y \in E, \quad \langle x, y \rangle = \sum_{k=1}^n x_k y_k où X et Y sont les colonnes des coordonnées de x et y dans la base \mathcal{E}.
\forall x \in E, \quad x = \sum_{k=1}^n \langle x, e_k \rangle e_k
\forall x \in E, \quad \|x\|^2 = \sum_{k=1}^n x_k^2
2.5 Théorème de représentation et supplémentaire orthogonal
Théorème 2.2 — (Théorème de représentation)
Soit E un espace euclidien de dimension non nulle n. Pour toute forme linéaire f sur E, il existe un et un seul vecteur a de E tel que f = \langle a, \cdot \rangle, c’est-à-dire : \forall x \in E, \quad f(x) = \langle a, x \rangle
Définition 2.4 — (Supplémentaire orthogonal)
On dit qu’un sous-espace vectoriel F de E admet un supplémentaire orthogonal si F + F^\perp = E.
Théorème 2.3
Si F est un sous-espace vectoriel de dimension finie d’un espace préhilbertien quelconque E, alors F admet un supplémentaire orthogonal. Autrement dit : F \oplus F^\perp = E \quad \text{et} \quad F = F^{\perp\perp}
3 Projection orthogonale
3.1 Définition et caractérisation
Définition 3.1 — (Projection orthogonale)
Soit F un sous-espace vectoriel de dimension finie de E. La projection orthogonale sur F, notée p_F, est la projection sur F associée à la décomposition E = F \oplus F^\perp.
3.2 Expression du projeté orthogonal
Proposition 3.1
Soit F un sous-espace vectoriel de dimension finie non nulle p de E et \mathcal{C} = (e_1, \ldots, e_p) une base orthonormée de F. Alors si p_F est la projection orthogonale de E sur F, on a : \forall x \in E, \quad p_F(x) = \sum_{k=1}^p \langle x, e_k \rangle e_k
3.3 Caractérisation métrique
Théorème 3.1 — (Le projeté orthogonal réalise la meilleure approximation)
Soit F un sous-espace vectoriel de dimension finie de E. Alors pour tout x \in E : \|x - p_F(x)\| = \min_{y \in F} \|x - y\|
3.4 Distance à un sous-espace vectoriel
Définition 3.2 — (Distance à un sous-espace)
Soit F un sous-espace vectoriel de dimension finie de E. La distance d’un vecteur x à F est : d(x, F) = \inf_{y \in F} \|x - y\|
Proposition 3.2 — (Distance à un hyperplan)
Si H = \mathrm{Vect}(a)^\perp est un hyperplan avec a \neq 0, alors : d(x, H) = \frac{|\langle x, a \rangle|}{\|a\|} = \frac{|\sum_{i=1}^n a_i x_i|}{\sqrt{a_1^2 + a_2^2 + \cdots + a_n^2}}
3.5 Projecteurs et symétries orthogonaux
Définition 3.3 — (Projecteur orthogonal)
Un projecteur p est dit orthogonal si \ker(p) \perp \mathrm{Im}(p).
Définition 3.4 — (Symétrie orthogonale, réflexion)
Soit s \in \mathcal{L}(E) une symétrie vectorielle (c’est-à-dire un endomorphisme de E tel que s \circ s = \mathrm{Id}_E).
- On dit que s est une symétrie orthogonale si et seulement si les deux sous-espaces vectoriels \ker(s - \mathrm{Id}_E) et \ker(s + \mathrm{Id}_E) sont orthogonaux.
- On dit de plus que s est une réflexion si l’ensemble des vecteurs invariants de s, \ker(s - \mathrm{Id}_E), est un hyperplan de E.
Proposition 3.3 — (Caractérisation des projecteurs orthogonaux)
Un endomorphisme p \in \mathcal{L}(E) est un projecteur orthogonal si et seulement si :
- c’est un projecteur : p^2 = p
- p est autoadjoint.
Proposition 3.4 — (Caractérisation des symétries orthogonales)
Un endomorphisme s \in \mathcal{L}(E) est une symétrie orthogonale si et seulement si :
- c’est une symétrie : s^2 = \mathrm{Id}_E
- s est autoadjoint.
4 Formes linéaires d’un espace euclidien
4.1 Théorème de représentation
Théorème 4.1 — (Théorème de représentation)
Pour toute forme linéaire \varphi sur E, il existe un et un seul vecteur x tel que : \forall y \in E, \quad \varphi(y) = \langle x, y \rangle
4.2 Adjoint d’un endomorphisme
Soit E un espace euclidien et u un endomorphisme de E. Il existe un et un seul endomorphisme v de E tel que : \forall (x, y) \in E^2, \quad \langle u(x), y \rangle = \langle x, v(y) \rangle
L’endomorphisme v s’appelle l’endomorphisme adjoint de u et on le note u^*.
Proposition 4.1 — (Propriétés de l’adjoint)
Soient u, v des endomorphismes de E et \lambda \in \mathbb{R}. Alors :
- (u^*)^* = u
- (u \circ v)^* = v^* \circ u^*
- (u + \lambda v)^* = u^* + \lambda v^*
- \ker(u^*) = (\mathrm{Im}(u))^\perp et \mathrm{Im}(u^*) = (\ker(u))^\perp
Proposition 4.2 — (Caractérisation d’un endomorphisme orthogonal par son adjoint)
Un endomorphisme u est orthogonal si et seulement si u est inversible et u^{-1} = u^*.
Soit u un endomorphisme de E. Alors u est symétrique si et seulement si u = u^*. On dit aussi que u est auto-adjoint.
5 Matrices orthogonales et isométries vectorielles
5.1 Matrices orthogonales
Soit A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}). Les assertions suivantes sont équivalentes :
- {}^tA A = I_n
- A \, {}^tA = I_n
- A est inversible et A^{-1} = {}^tA
- Les colonnes de A forment une base orthonormée de \mathcal{M}_{n,1}(\mathbb{R}).
- Les lignes de A forment une base orthonormée de \mathcal{M}_{1,n}(\mathbb{R}).
5.2 Endomorphismes orthogonaux
Définition 5.1 — (Endomorphisme orthogonal, isométrie vectorielle)
Soit u \in \mathcal{L}(E) un endomorphisme de E. On dit que u est un endomorphisme orthogonal ou une isométrie vectorielle si : \forall x \in E, \quad \|u(x)\| = \|x\|
On note O(E) l’ensemble des endomorphismes orthogonaux de E.
Soit u un endomorphisme de E. Les assertions suivantes sont équivalentes :
- u conserve le produit scalaire : \forall (x, y) \in E^2, \quad \langle u(x), u(y) \rangle = \langle x, y \rangle
- u conserve la norme : \forall x \in E, \quad \|u(x)\| = \|x\|
- Il existe une base orthonormée \mathcal{E} de E telle que \mathrm{Mat}_{\mathcal{E}}(u) est une matrice orthogonale.
- Pour toute base orthonormée \mathcal{E} de E, la matrice \mathrm{Mat}_{\mathcal{E}}(u) est une matrice orthogonale.
- u transforme au moins une base orthonormée de E en une base orthonormée de E.
- u transforme toute base orthonormée de E en une base orthonormée de E.
Si l’une des assertions ci-dessus est vérifiée, on dit que u est un automorphisme orthogonal.
Proposition 5.1
Pour tout endomorphisme orthogonal u de E, on a \det(u) \in \{-1, 1\}.
Proposition 5.2 — (Stabilité de l’orthogonal)
Soit u \in O(E) et soit F un sous-espace vectoriel de E stable pour u. Alors : u(F) \subset F \implies u(F^\perp) \subset F^\perp
Proposition 5.3 — (Valeurs propres d’une isométrie)
Soit u \in O(E) qui admet une valeur propre \lambda \in \mathbb{R}. Alors \lambda = \pm 1.
5.3 Isométries directes et indirectes
Définition 5.2 — (Isométrie directe, indirecte)
Soit u un endomorphisme orthogonal de E.
- Si \det(u) = 1, on dit que u est une isométrie directe. L’ensemble des isométries directes est noté O^+(E) ou \mathrm{SO}(E).
- Si \det(u) = -1, on dit que u est une isométrie indirecte.
5.4 Étude du groupe orthogonal en dimension 2
Théorème 5.1 — (Étude de \boldsymbol{O_2^+(\mathbb{R})})
Les matrices de O_2^+(\mathbb{R}) sont de la forme : R_\theta = \begin{pmatrix} \cos\theta & -\sin\theta \\ \sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix} où \theta \in \mathbb{R}.
Les endomorphismes associés sont les rotations du plan d’angle \theta.
Corollaire 5.1 — (Les isométries indirectes d’un espace euclidien de dimension 2 sont diagonalisables et de spectre \boldsymbol{{\pm 1}})
Soit E un espace euclidien de dimension 2 et soit u une isométrie indirecte de E. Alors u est diagonalisable et ses valeurs propres sont \pm 1.
Théorème 5.2 — (Isométries indirectes et réflexions)
Une isométrie indirecte d’un espace euclidien orienté de dimension 2 est une symétrie orthogonale par rapport à une droite, c’est-à-dire une réflexion.
5.5 Étude du groupe orthogonal en dimension 3
Théorème 5.3 — (Classification des isométries en dimension 3)
Soit un endomorphisme orthogonal u \in O(E). On note E(1) = \ker(u - \mathrm{Id}_E) le sous-espace formé des vecteurs invariants.
Selon la dimension de E(1), on a la classification suivante :
| \dim E(1) | \det(u) | u \in | Nature de u |
|---|---|---|---|
| 3 | 1 | O^+(E) | \mathrm{Id}_E |
| 2 | -1 | O^-(E) | Réflexion s_H |
| 1 | 1 | O^+(E) | Rotation autour d’un axe r_{D,\theta} (dont les demi-tours) |
| 0 | -1 | O^-(E) | Composée d’une rotation et d’une réflexion |
Dans le dernier cas, u = r \circ s_H, où le plan H invariant par la réflexion est orthogonal à l’axe de la rotation r.
6 Réduction des endomorphismes autoadjoints et des matrices symétriques réelles
6.1 Endomorphismes symétriques
Définition 6.1 — (Endomorphisme symétrique)
Soit (E, \langle \cdot, \cdot \rangle) un espace préhilbertien réel de dimension finie ou infinie et u \in \mathcal{L}(E). On dit que u est symétrique si : \forall x, y \in E, \quad \langle x, u(y) \rangle = \langle u(x), y \rangle
Proposition 6.1 — (Stabilité des sous-espaces orthogonaux)
Soit (E, \langle \cdot, \cdot \rangle) un espace préhilbertien réel de dimension finie ou infinie et u un endomorphisme symétrique de E et F un sous-espace vectoriel de E. Si F est stable par u, alors F^\perp est stable par u.
Preuve. Soit x \in F^\perp, montrons que u(x) \in F^\perp. Pour cela soit y \in F alors : \langle u(x), y \rangle = \langle x, u(y) \rangle = 0 car u(y) \in F par stabilité de F et x \in F^\perp par hypothèse.
Proposition 6.2 — (Orthogonalité des sous-espaces propres)
Soit u un endomorphisme symétrique de E. Si \lambda et \mu sont deux valeurs propres de u, alors : \lambda \neq \mu \implies E_\lambda(u) \perp E_\mu(u)
Preuve. Considérons \lambda, \mu \in \mathrm{Sp}(u) tel que \lambda \neq \mu et montrons que E_\lambda(u) \perp E_\mu(u). Pour cela soit x \in E_\lambda(u) et y \in E_\mu(u) deux vecteurs propres associés respectivement aux valeurs propres distinctes \lambda et \mu de u. On a : \langle u(x), y \rangle = \lambda \langle x, y \rangle = \langle x, u(y) \rangle = \mu \langle x, y \rangle donc (\lambda - \mu)\langle x, y \rangle = 0. Comme \lambda - \mu \neq 0, on a : \langle x, y \rangle = 0. Ainsi E_\lambda(u) \perp E_\mu(u).
6.2 Théorème spectral
Théorème 6.1 — (Théorème spectral)
Soit u un endomorphisme symétrique de E. Alors u est diagonalisable dans une base orthonormée, c’est-à-dire que E admet une base formée de vecteurs propres de u.
Théorème 6.2 — (Version matricielle du théorème spectral)
Soit A \in \mathcal{S}_n(\mathbb{R}) une matrice carrée réelle symétrique d’ordre n avec n \in \mathbb{N}^*. Alors il existe une matrice orthogonale P et une matrice diagonale réelle \Delta toutes de taille n telles que : A = {}^tP \Delta P
On dit que A est orthogonalement diagonalisable.
6.3 Endomorphismes symétriques positifs et définis positifs
Définition 6.2 — (Symétrique positif et défini positif)
Soit E un espace euclidien de dimension n et u un endomorphisme de E et soit A \in \mathcal{M}_n(\mathbb{R}).
On dit que u est symétrique positif si et seulement si u est symétrique et : \forall x \in E, \quad \langle u(x), x \rangle \geq 0
On dit que u est symétrique défini positif si et seulement si u est symétrique et : \forall x \in E \setminus \{0\}, \quad \langle u(x), x \rangle > 0
On dit que la matrice A est symétrique positive si et seulement si A est symétrique et : \forall X \in \mathbb{R}^n, \quad \langle AX, X \rangle \geq 0
7 Exercices
Exercice 7.1
Soit E un espace euclidien et F un sous-espace vectoriel de E. Montrer que :
- Si F \subset G, alors G^\perp \subset F^\perp.
- (F + G)^\perp = F^\perp \cap G^\perp.
- (F \cap G)^\perp = F^\perp + G^\perp.
- Si \dim(E) est finie, alors (F^\perp)^\perp = F.
Exercice 7.2
Déterminer la matrice dans la base canonique de \mathbb{R}^3 de la projection orthogonale sur le plan d’équation x + 2y - 3z = 0.
En déduire la matrice de la symétrie orthogonale par rapport à ce plan.
Exercice 7.3
Soient E un espace euclidien, u un vecteur non nul et H = u^\perp. Soient p la projection orthogonale sur H et s la symétrie orthogonale par rapport à H.
- Montrer que \forall x \in E, \quad p(x) = x - \frac{\langle x, u \rangle}{\|u\|^2} u.
- Montrer que \forall x \in E, \quad s(x) = x - 2\frac{\langle x, u \rangle}{\|u\|^2} u.
- On considère dans \mathbb{R}^3 le plan (\Pi : x - y + z = 0). Déterminer la matrice dans la base canonique de la symétrie orthogonale par rapport à \Pi.
Exercice 7.4
Soient \mathcal{B} = (e_1, \ldots, e_n) une base orthonormale de E et (a_1, \ldots, a_n) \in \mathbb{R}^n \setminus \{(0, \ldots, 0)\} et H le sous-espace vectoriel de E d’équation cartésienne \sum_{k=1}^n a_k x_k = 0 dans \mathcal{B}.
- Déterminer l’orthogonale de H.
- Déterminer la distance du vecteur x = \sum_{k=1}^n x_k e_k de E au sous-espace vectoriel H.
Exercice 7.5
Soit E = \mathbb{R}_n[X] muni du produit scalaire \langle P, Q \rangle = \int_{-1}^1 P(t) Q(t)\, dt.
- Montrer que \varphi est un produit scalaire.
- On suppose n = 2. Écrire la matrice associée à \varphi dans la base (1, X, X^2). Construire une base orthonormale (P_0, P_1, P_2) par le procédé d’orthogonalisation de Schmidt appliqué à (1, X, X^2).
Exercice 7.6
Soit E un espace euclidien, et (e_1, \ldots, e_n) des vecteurs unitaires vérifiant : \forall x \in E, \quad \|x\|^2 = \sum_{i=1}^n \langle x, e_i \rangle^2
Montrer que (e_1, \ldots, e_n) est une famille orthonormale (NB : on ne suppose pas que la dimension de l’espace est n).
Exercice 7.7 — (Classification des isométries)
Soit A \in \mathcal{M}_3(\mathbb{R}) une matrice orthogonale. Montrer que A est semblable à l’une des matrices suivantes :
- \mathrm{Diag}(1, 1, 1) (identité)
- \mathrm{Diag}(1, 1, -1) (réflexion)
- \begin{pmatrix} 1 & 0 & 0 \\ 0 & \cos\theta & -\sin\theta \\ 0 & \sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix} (rotation)
- \begin{pmatrix} -1 & 0 & 0 \\ 0 & \cos\theta & -\sin\theta \\ 0 & \sin\theta & \cos\theta \end{pmatrix} (composée d’une rotation et d’une réflexion)
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Chapitre 08 : Espaces préhilbertiens réels. Endomorphismes d’un espace euclidien