Espaces préhilbertiens réels
Chapitre 15
PCSI (1re année) — Chapitre 15. Produit scalaire, norme associée, Cauchy-Schwarz, orthogonalité, bases orthonormales, Gram-Schmidt, projection orthogonale, distance à un sous-espace, produit vectoriel en dimension 3.
Ce chapitre a été réalisé conformément au programme marocain de mathématiques de la filière PCSI.
Dans toute la suite, E est un espace vectoriel réel.
1 Produit scalaire
1.1 Définition
Définition 1.1 — (Produit scalaire)
On appelle produit scalaire sur E toute application \langle \cdot, \cdot \rangle : E \times E \to \mathbb{R} qui vérifie :
- Symétrie : \forall x, y \in E, \quad \langle x, y \rangle = \langle y, x \rangle
- Bilinéarité : \forall x, y, z \in E, \; \forall \lambda, \mu \in \mathbb{R}, \quad \langle \lambda x + \mu y, z \rangle = \lambda \langle x, z \rangle + \mu \langle y, z \rangle
- Positivité : \forall x \in E, \quad \langle x, x \rangle \geq 0
- Définie positive : \forall x \in E, \quad \langle x, x \rangle = 0 \implies x = 0_E
Remarque.
- Si E est muni d’un produit scalaire \langle \cdot, \cdot \rangle, il sera dit espace préhilbertien.
- S’il est, de plus, de dimension finie, il sera dit espace euclidien.
1.2 Exemples de produits scalaires
Exemple 1.1 — (Produit scalaire canonique sur \boldsymbol{\mathbb{R}^n})
Le produit scalaire canonique sur \mathbb{R}^n est défini par : \langle x, y \rangle = x_1 y_1 + x_2 y_2 + \cdots + x_n y_n = \sum_{k=1}^n x_k y_k = {}^tX Y où x = (x_1, \ldots, x_n), y = (y_1, \ldots, y_n) et X, Y sont les colonnes des coordonnées de x et y.
Exemple 1.2 — (Produit scalaire sur \boldsymbol{\mathcal{M}_n(\mathbb{R})})
Sur \mathcal{M}_n(\mathbb{R}), l’application : \langle A, B \rangle = \mathrm{Tr}({}^tA B) = \sum_{i,j=1}^n a_{i,j} b_{i,j} est un produit scalaire.
Exemple 1.3 — (Produit scalaire sur les fonctions continues)
Sur \mathcal{C}([a,b], \mathbb{R}), l’application : \langle f, g \rangle = \int_a^b f(t) g(t)\, dt est un produit scalaire.
Exemple 1.4 — (Produit scalaire sur les fonctions \boldsymbol{2\pi}-périodiques)
Sur l’espace vectoriel \mathcal{C}_{2\pi}(\mathbb{R}, \mathbb{R}) des fonctions continues 2\pi-périodiques, l’application : \langle f, g \rangle = \frac{1}{2\pi} \int_0^{2\pi} f(t) g(t)\, dt est un produit scalaire.
Exemple 1.5 — (Produit scalaire sur \boldsymbol{\mathbb{R}_n[X]})
Sur \mathbb{R}_n[X], l’application : \langle P, Q \rangle = \int_{-1}^1 P(t) Q(t)\, dt est un produit scalaire. De même, l’application : \langle P, Q \rangle = \sum_{k=0}^n P(k) Q(k) est un produit scalaire.
Exemple 1.6 — (Produit scalaire sur \boldsymbol{\mathbb{C}} considéré comme \boldsymbol{\mathbb{R}}-espace vectoriel)
\mathbb{C} est un \mathbb{R}-espace vectoriel qui s’identifie à \mathbb{R}^2. Son produit scalaire standard est défini pour z, z' \in \mathbb{C} par : \langle z, z' \rangle = \mathrm{Re}(z) \mathrm{Re}(z') + \mathrm{Im}(z) \mathrm{Im}(z') = \mathrm{Re}(\overline{z} z')
Exercice 1.1
Montrer que les applications : \varphi_1(P,Q) = \int_{-1}^1 P(t) Q(t)\, dt, \quad \varphi_2(P,Q) = \sum_{k=0}^n P(k) Q(k) définissent des produits scalaires sur E = \mathbb{R}_n[X].
2 Norme hilbertienne
2.1 Définition
Définition 2.1 — (Norme associée à un produit scalaire)
Soit (E, \langle \cdot, \cdot \rangle) un espace préhilbertien. La norme associée au produit scalaire est définie par : \|x\| = \sqrt{\langle x, x \rangle}, \quad x \in E La distance associée à cette norme est : d(x, y) = \|x - y\|, \quad x, y \in E
Exemple 2.1
Dans \mathbb{R}^n muni du produit scalaire canonique : \|x\| = \sqrt{x_1^2 + x_2^2 + \cdots + x_n^2}
2.2 Inégalité de Cauchy-Schwarz
Proposition 2.1 — (Inégalité de Cauchy-Schwarz)
Pour x, y \in E : \boxed{|\langle x, y \rangle| \leq \|x\| \cdot \|y\|} Il y a égalité si et seulement si x et y sont linéairement dépendants (c’est-à-dire liés).
Preuve.
- Si x = 0_E, on trouve 0 = 0, ce qui est vrai.
- Supposons x \neq 0_E. Alors pour tout t \in \mathbb{R}, \langle tx + y, tx + y \rangle \geq 0, or : \langle tx + y, tx + y \rangle = t^2 \langle x, x \rangle + 2t \langle x, y \rangle + \langle y, y \rangle = P(t) On a donc P(t) \geq 0 pour tout t \in \mathbb{R}. Le discriminant de ce trinôme du second degré en t est donc négatif ou nul : \Delta = 4\langle x, y \rangle^2 - 4\|x\|^2 \|y\|^2 \leq 0 d’où \langle x, y \rangle^2 \leq \|x\|^2 \|y\|^2, c’est-à-dire |\langle x, y \rangle| \leq \|x\| \|y\|.
Pour l’égalité, on vérifie que P(t) = 0 pour un certain t si et seulement si tx + y = 0, c’est-à-dire si x et y sont liés.
2.3 Inégalité triangulaire
Proposition 2.2 — (Inégalité triangulaire)
Pour x, y \in E : \|x + y\| \leq \|x\| + \|y\| Il y a égalité si et seulement si x et y sont positivement colinéaires (c’est-à-dire \exists \lambda \geq 0 tel que y = \lambda x ou x = \lambda y).
Preuve. On a : \|x + y\|^2 = \langle x + y, x + y \rangle = \|x\|^2 + 2\langle x, y \rangle + \|y\|^2 Par l’inégalité de Cauchy-Schwarz : \|x + y\|^2 \leq \|x\|^2 + 2\|x\|\|y\| + \|y\|^2 = (\|x\| + \|y\|)^2 D’où \|x + y\| \leq \|x\| + \|y\|.
2.4 Identités remarquables
Proposition 2.3 — (Identités de polarisation et identité du parallélogramme)
Pour x, y \in E :
Identité de polarisation : 2\langle x, y \rangle = \|x + y\|^2 - \|x\|^2 - \|y\|^2
Identité du parallélogramme : \|x + y\|^2 + \|x - y\|^2 = 2(\|x\|^2 + \|y\|^2)
Autre forme de polarisation : \langle x, y \rangle = \frac{1}{4}\left(\|x + y\|^2 - \|x - y\|^2\right)
Remarque. Il existe des normes qui ne sont pas hilbertiennes. Par exemple, la norme \|\cdot\|_\infty sur \mathbb{R}^2 vérifie pour x = (0,1) et y = (1,0) : \|x + y\|_\infty^2 + \|x - y\|_\infty^2 = 2 \neq 4 = 2(\|x\|_\infty^2 + \|y\|_\infty^2) Donc \|\cdot\|_\infty n’est pas une norme hilbertienne.
Exercice 2.1
Soient x, y et z trois réels tels que x^2 + y^2 + z^2 \leq 1. Montrer que (x + 2y + 3z)^2 \leq 14.
Exercice 2.2
Soit E un \mathbb{R}-espace vectoriel non nul, \varphi un produit scalaire sur E, (a,b,c) \in \mathbb{R}^3. On considère \psi : E \times E \to \mathbb{R} définie par : \psi(x,y) = a\varphi(x,x) + b\varphi(x,y) + c\varphi(y,y) Trouver une condition nécessaire et suffisante sur (a,b,c) pour que \psi soit un produit scalaire sur E.
3 Orthogonalité
3.1 Définitions
Définition 3.1 — (Orthogonalité)
Soient x, y \in E. On dit que x et y sont orthogonaux, et on note x \perp y, si : \langle x, y \rangle = 0
Définition 3.2 — (Orthogonal d’une partie)
Soit A une partie de E. L’orthogonal de A est : A^\perp = \{y \in E \mid \forall x \in A, \; \langle x, y \rangle = 0\}
Proposition 3.1
L’orthogonal d’une partie est un sous-espace vectoriel : \forall A \subset E, \quad A^\perp \text{ est un sous-espace vectoriel de } E
Exemple 3.1
Dans \mathbb{R}^2 muni du produit scalaire usuel \langle x, y \rangle = x_1 y_1 + x_2 y_2 :
- Les deux vecteurs v_1 = (1,0) et v_2 = (0,2) sont orthogonaux.
- La famille (v_1 = (1,0), v_2 = (0,2)) est orthogonale et la famille (v_1 = (1,0), v_2 = (0,1)) est orthonormale.
- Pour A = \{(x_1, x_2) \in \mathbb{R}^2 \mid x_1 + x_2 = 0\}, on a : A^\perp = \{y = (y_1, y_2) \in \mathbb{R}^2 \mid \forall x \in A, \; \langle x, y \rangle = 0\} = \mathrm{Vect}((1,1))
Exercice 3.1
Soient \mathcal{B} = (e_1, \ldots, e_n) une base orthonormale de E et (a_1, \ldots, a_n) \in \mathbb{R}^n \setminus \{(0,\ldots,0)\} et H le sous-espace vectoriel de E d’équation cartésienne \sum_{k=1}^n a_k x_k = 0 dans \mathcal{B}.
- Déterminer l’orthogonale de H.
- Déterminer la distance du vecteur x = \sum_{k=1}^n x_k e_k de E au sous-espace vectoriel H.
3.2 Familles orthogonales et orthonormales
Définition 3.3
Une famille de vecteurs (x_i)_{i \in I} est :
- orthogonale si \forall i \neq j, \; x_i \perp x_j
- orthonormale (ou orthonormée) si elle est orthogonale et si tous les vecteurs sont de norme 1
Proposition 3.2 — (Famille orthogonale libre)
Toute famille orthogonale de vecteurs non nuls est libre.
Preuve. Soit (x_1, \ldots, x_p) une famille orthogonale de vecteurs non nuls. Supposons \sum_{k=1}^p \lambda_k x_k = 0. Pour chaque j, en prenant le produit scalaire avec x_j : 0 = \left\langle \sum_{k=1}^p \lambda_k x_k, x_j \right\rangle = \sum_{k=1}^p \lambda_k \langle x_k, x_j \rangle = \lambda_j \langle x_j, x_j \rangle = \lambda_j \|x_j\|^2 Comme x_j \neq 0, on a \|x_j\|^2 \neq 0, donc \lambda_j = 0. Ceci est vrai pour tout j, donc la famille est libre.
Proposition 3.3 — (Théorème de Pythagore)
Si (x_i)_{1 \leq i \leq n} est une famille orthogonale de vecteurs, alors : \left\|\sum_{i=1}^n x_i\right\|^2 = \sum_{i=1}^n \|x_i\|^2
Exercice 3.2 — (Théorème de Pythagore)
Soient u et v deux vecteurs orthogonaux de E. Calculer \|u+v\|^2. Illustrer le résultat obtenu à l’aide d’un dessin.
3.3 Bases orthonormales
Définition 3.4 — (Base orthonormale)
Une base \mathcal{B} = (e_1, \ldots, e_n) d’un espace euclidien E est orthonormale si elle est orthonormale.
Théorème 3.1 — (Existence de bases orthonormales)
Tout espace euclidien admet au moins une base orthonormale.
Théorème 3.2 — (Théorème de la base orthonormale incomplète)
Toute famille orthonormale d’un espace euclidien peut être complétée en une base orthonormale.
3.4 Algorithme d’orthonormalisation de Gram-Schmidt
Théorème 3.3 — (Algorithme de Gram-Schmidt)
Soit (x_1, \ldots, x_p) une famille libre d’un espace préhilbertien E. Alors il existe une unique famille orthonormale (e_1, \ldots, e_p) telle que : \forall k \in \{1, \ldots, p\}, \quad \mathrm{Vect}(e_1, \ldots, e_k) = \mathrm{Vect}(x_1, \ldots, x_k) \quad \text{et} \quad \langle x_k, e_k \rangle > 0
L’algorithme est le suivant : e_1 = \frac{x_1}{\|x_1\|}, \quad e_k = \frac{x_k - \sum_{j=1}^{k-1} \langle x_k, e_j \rangle e_j}{\left\|x_k - \sum_{j=1}^{k-1} \langle x_k, e_j \rangle e_j\right\|} \quad \text{pour } k \geq 2
Exemple 3.2 — (Application de Gram-Schmidt sur \boldsymbol{\mathbb{R}_2[X]})
Construisons une base orthonormale de \mathbb{R}_2[X] pour le produit scalaire \langle P, Q \rangle = \int_{-1}^1 P(t)Q(t)\, dt en appliquant l’algorithme de Gram-Schmidt à la base (1, X, X^2).
Étape 1 : e_1 = \frac{1}{\|1\|}. On calcule \|1\|^2 = \int_{-1}^1 1\, dt = 2, donc \|1\| = \sqrt{2} et : e_1 = \frac{1}{\sqrt{2}}
Étape 2 : On calcule x_2' = X - \langle X, e_1 \rangle e_1. On a \langle X, e_1 \rangle = \frac{1}{\sqrt{2}} \int_{-1}^1 t\, dt = 0 (fonction impaire). Donc x_2' = X et : e_2 = \frac{X}{\|X\|} = \frac{X}{\sqrt{\int_{-1}^1 t^2\, dt}} = \frac{X}{\sqrt{2/3}} = X\sqrt{\frac{3}{2}}
Étape 3 : On calcule x_3' = X^2 - \langle X^2, e_1 \rangle e_1 - \langle X^2, e_2 \rangle e_2. On obtient finalement : e_3 = \frac{1}{\sqrt{8/5}}\left(X^2 - \frac{1}{3}\right)
3.5 Coordonnées dans une base orthonormale
Proposition 3.4
Soit \mathcal{B} = (e_1, \ldots, e_n) une base orthonormale de E. Si x = \sum_{i=1}^n \alpha_i e_i et y = \sum_{i=1}^n \beta_i e_i, alors :
- \alpha_j = \langle x, e_j \rangle pour tout j
- \langle x, y \rangle = \sum_{i=1}^n \alpha_i \beta_i
- \|x\|^2 = \sum_{i=1}^n \alpha_i^2
Preuve. On a : \langle x, e_j \rangle = \left\langle \sum_{i=1}^n \alpha_i e_i, e_j \right\rangle = \sum_{i=1}^n \alpha_i \langle e_i, e_j \rangle = \alpha_j car \langle e_i, e_j \rangle = \delta_{i,j} (symbole de Kronecker).
De même : \langle x, y \rangle = \left\langle \sum_{i=1}^n \alpha_i e_i, \sum_{j=1}^n \beta_j e_j \right\rangle = \sum_{i,j} \alpha_i \beta_j \langle e_i, e_j \rangle = \sum_{i=1}^n \alpha_i \beta_i
Remarque. On remarque que \langle x, y \rangle = {}^tX Y où X et Y sont les colonnes des coordonnées de x et y dans la base orthonormale \mathcal{B} et . est le produit scalaire canonique sur \mathbb{R}^n.
4 Projection orthogonale
4.1 Supplémentaire orthogonal
Proposition 4.1
Soit F un sous-espace vectoriel de dimension finie de E. Alors : E = F \oplus F^\perp
Proposition 4.2 — (Dimension de \boldsymbol{F^\perp})
Si E est un espace euclidien et F un sous-espace vectoriel de E, alors : \dim(F) + \dim(F^\perp) = \dim(E)
4.2 Projection orthogonale
Définition 4.1 — (Projection orthogonale)
Soit F un sous-espace vectoriel de dimension finie de E. La projection orthogonale sur F est l’application p_F : E \to F définie par : p_F(x) = y \quad \text{où } x = y + z \text{ avec } y \in F \text{ et } z \in F^\perp
Proposition 4.3 — (Expression du projeté orthogonal)
Si \mathcal{B} = (e_1, \ldots, e_p) est une base orthonormale de F, alors : p_F(x) = \sum_{k=1}^p \langle x, e_k \rangle e_k
Remarque. À défaut d’une base orthonormale de F, les élèves doivent savoir déterminer p_F(x) en résolvant un système linéaire traduisant l’orthogonalité du vecteur x - p_F(x) aux vecteurs d’une base (ou d’une famille génératrice) de F.
Exercice 4.1 — (Projection orthogonale et distance à un sous-espace)
Soient E un espace euclidien, u un vecteur non nul et H = u^\perp. Soient p la projection orthogonale sur H et s la symétrie orthogonale par rapport à H.
- Montrer que \forall x \in E, p(x) = x - \frac{\langle x, u \rangle}{\|u\|^2} u.
- Montrer que \forall x \in E, s(x) = x - 2\frac{\langle x, u \rangle}{\|u\|^2} u.
- On considère dans \mathbb{R}^3 le plan (\Pi : x - y + z = 0). Déterminer la matrice dans la base canonique de la symétrie orthogonale par rapport à \Pi.
4.3 Distance à un sous-espace vectoriel
Définition 4.2 — (Distance à un sous-espace vectoriel)
Soit F un sous-espace vectoriel de dimension finie de E. La distance d’un vecteur x à F est : d(x, F) = \inf_{y \in F} \|x - y\|
Théorème 4.1 — (Le projeté orthogonal minimise la distance)
Le projeté orthogonal de x sur F est l’unique élément de F qui minimise la distance de x à F : \boxed{\|x - p_F(x)\| = \min_{y \in F} \|x - y\|}
Proposition 4.4 — (Formule de la distance à un hyperplan)
En dimension finie, si F = \mathrm{Vect}(u)^\perp est un hyperplan (avec u \neq 0), alors : d(x, F) = \frac{|\langle x, u \rangle|}{\|u\|}
Proposition 4.5 — (Inégalité de Bessel)
Pour tout x \in E : \|p_F(x)\| \leq \|x\|
Exercice 4.2 — (Application de la projection orthogonale)
Montrer qu’il s’agit d’un produit scalaire (on admet que l’intégrale sur [-1,1] d’une fonction f continue et positive est nulle si et seulement si f est nulle sur [-1,1]).
À l’aide du procédé de Schmidt appliqué à la base (1, X, X^2), construire une base orthonormée de \mathbb{R}_2[X] pour ce produit scalaire.
On considère le polynôme P_0 = X^3. Calculer la projection orthogonale de X^3 sur \mathbb{R}_2[X]. En déduire que pour ce produit scalaire, on a : d(X^3, \mathbb{R}_2[X]) = \frac{2}{5\sqrt{7}}
5 Produit vectoriel en dimension 3
5.1 Définition
Définition 5.1 — (Produit vectoriel)
Dans un espace euclidien orienté de dimension 3 muni d’une base orthonormale directe (e_1, e_2, e_3), le produit vectoriel de deux vecteurs u et v est le vecteur noté u \wedge v (ou u \times v) défini par : \langle u \wedge v, w \rangle = \det(u, v, w) \quad \text{pour tout } w \in E
où \det(u, v, w) est le déterminant de la famille (u, v, w) dans la base orthonormale directe.
Proposition 5.1 — (Expression du produit vectoriel)
Si u = (u_1, u_2, u_3) et v = (v_1, v_2, v_3) dans une base orthonormale directe, alors : u \wedge v = (u_2 v_3 - u_3 v_2, \; u_3 v_1 - u_1 v_3, \; u_1 v_2 - u_2 v_1)
Proposition 5.2 — (Propriétés du produit vectoriel)
Le produit vectoriel vérifie :
- Bilinéarité : (\lambda u + \mu v) \wedge w = \lambda(u \wedge w) + \mu(v \wedge w)
- Antisymétrie : u \wedge v = -(v \wedge u)
- u \wedge v = 0 si et seulement si u et v sont colinéaires
- u \wedge v est orthogonal à u et à v
5.2 Produit mixte
Définition 5.2 — (Produit mixte)
Le produit mixte de trois vecteurs u, v, w est : [u, v, w] = \langle u \wedge v, w \rangle = \det(u, v, w)
Proposition 5.3 — (Interprétation géométrique)
La valeur absolue |[u, v, w]| représente le volume du parallélépipède construit sur les vecteurs u, v et w.
Proposition 5.4
Trois vecteurs u, v, w sont coplanaires si et seulement si [u, v, w] = 0.
Exemple 5.1
Dans \mathbb{R}^3 muni de la base canonique orthonormale directe :
- e_1 \wedge e_2 = e_3, e_2 \wedge e_3 = e_1, e_3 \wedge e_1 = e_2
- e_1 \wedge e_1 = 0, e_2 \wedge e_2 = 0, e_3 \wedge e_3 = 0
Exercice 5.1
Soient u = (1, 2, 3) et v = (4, 5, 6) dans \mathbb{R}^3.
- Calculer u \wedge v.
- Vérifier que u \wedge v est orthogonal à u et à v.
- Calculer le produit mixte [u, v, e_1].
6 Exercices de synthèse
Exercice 6.1
Soit P le sous-espace vectoriel de l’espace vectoriel \mathbb{R}^4 défini par : P = \{u = (x_1, x_2, x_3, x_4) \in \mathbb{R}^4 \mid x_1 + x_2 + x_3 + x_4 = 0 \text{ et } x_2 + 2x_3 + 3x_4 = 0\}
- Déterminer une base de P.
- Déterminer P^\perp.
- Déterminer la distance du vecteur (1, 0, 0, 0) à P.
Exercice 6.2
Soit \varphi l’application définie sur \mathbb{R}_2[X] par : \varphi(P, Q) = \int_{-1}^1 P(t) Q(t)\, dt
- Montrer que \varphi est un produit scalaire.
- On suppose n = 2. Écrire la matrice associée à \varphi dans la base (1, X, X^2). Construire une base orthonormale (P_0, P_1, P_2) par le procédé d’orthogonalisation de Schmidt appliqué à (1, X, X^2).
Exercice 6.3
Soient x, y et z trois réels tels que x^2 + y^2 + z^2 \leq 1. Montrer que (x + 2y + 3z)^2 \leq 14.
Exercice 6.4
Soient E un espace euclidien, u un vecteur non nul et H = u^\perp. Soient p la projection orthogonale sur H et s la symétrie orthogonale par rapport à H.
- Montrer que \forall x \in E, p(x) = x - \frac{\langle x, u \rangle}{\|u\|^2} u.
- Montrer que \forall x \in E, s(x) = x - 2\frac{\langle x, u \rangle}{\|u\|^2} u.
- On considère dans \mathbb{R}^3 le plan (\Pi : x - y + z = 0). Déterminer la matrice dans la base canonique de la symétrie orthogonale par rapport à \Pi.