Nombres entiers, rationnels et réels
Chapitre 04
PCSI (1re année) — Chapitre 04. Divisibilité dans \mathbb{Z}, division euclidienne, algorithme d’Euclide, nombres premiers, valuation p-adique, rationnels, réels, borne supérieure et inférieure, densité.
Ce chapitre a été réalisé conformément au programme marocain de mathématiques de la filière PCSI.
1 Nombres entiers et divisibilité dans \mathbb{Z}
1.1 Divisibilité dans \mathbb{Z}
Définition 1.1
Soient a et b deux entiers relatifs avec a \neq 0. On dit que a divise b, ou que b est divisible par a, s’il existe un entier relatif q tel que b = aq. On note alors a \mid b.
On note D(b) l’ensemble des diviseurs positifs de b et \mathcal{M}(a) l’ensemble des multiples positifs de a.
Proposition 1.1
Voici quelques propriétés élémentaires de la divisibilité :
- Tout entier a \in \mathbb{Z}^* divise 0 et est divisible par 1 et par lui-même.
- Si a \mid b et b \mid c alors a \mid c (transitivité).
- Soit m un entier non nul, a \mid b \iff ma \mid mb.
- Si a \mid b et a \mid c, alors a \mid (bx + cy) pour tous entiers x, y. En particulier, a \mid (b-c) et a \mid (b+c).
Définition 1.2 — (Entiers associés)
Deux entiers a et b sont dits associés si b = \pm a, c’est-à-dire si a \mid b et b \mid a.
Exercice 1.1
Soient x, y des entiers. Montrer que 3x+2y est divisible par 7 si et seulement si 4x+5y l’est aussi.
1.2 Division euclidienne
Théorème 1.1 — (Théorème de la division euclidienne)
Soit b un entier strictement positif. Pour tout entier relatif a, il existe un unique couple d’entiers (q, r) tel que : a = bq + r \quad \text{avec} \quad 0 \leq r < b L’entier q est appelé le quotient et r le reste de la division euclidienne de a par b.
Remarque. Le théorème de la division euclidienne est fondamental car il permet de raisonner par disjonction des cas sur le reste r de la division par un entier n fixé.
Exercice 1.2
- Soit a un entier quelconque. Déterminer le reste de la division euclidienne de a^2 par 4.
- Montrer que n^3-n est divisible à la fois par 2 et par 3 pour tout n \in \mathbb{N}.
1.3 PGCD et Algorithme d’Euclide
Définition 1.3
Un entier divisant à la fois les entiers a et b (non tous deux nuls) est appelé diviseur commun de a et b. Le plus grand entier strictement positif parmi ces diviseurs communs est appelé le plus grand commun diviseur de a et b, noté \operatorname{pgcd}(a,b) ou a \wedge b.
On dit que a et b sont premiers entre eux si \operatorname{pgcd}(a,b)=1.
Proposition 1.2
On a les propriétés suivantes :
- Pour tout entier c, \operatorname{pgcd}(a,b) = \operatorname{pgcd}(a, b+ac) = \operatorname{pgcd}(a+bc, b).
- Si r est le reste de la division euclidienne de a par b, alors \operatorname{pgcd}(a,b) = \operatorname{pgcd}(b,r).
- D(a) \cap D(b) = D(a \wedge b).
Théorème 1.2 — (Algorithme d’Euclide)
L’algorithme d’Euclide permet de calculer le PGCD de deux entiers a et b (a>b>0) par divisions euclidiennes successives : \begin{aligned} a &= bq_1 + r_1 & (0 \leq r_1 < b) \\ b &= r_1 q_2 + r_2 & (0 \leq r_2 < r_1) \\ r_1 &= r_2 q_3 + r_3 & (0 \leq r_3 < r_2) \\ &\vdots & \\ r_{n-2} &= r_{n-1} q_n + r_n & (0 \leq r_n < r_{n-1}) \\ r_{n-1} &= r_n q_{n+1} + 0 \end{aligned} Le dernier reste non nul r_n est égal à \operatorname{pgcd}(a,b).
1.4 Identité de Bézout et Lemme de Gauss
Corollaire 1.1 — (Identité de Bézout)
Si d = \operatorname{pgcd}(a,b), alors il existe deux entiers relatifs u et v tels que : au + bv = d En particulier, a et b sont premiers entre eux si et seulement s’il existe (u,v) \in \mathbb{Z}^2 tels que au+bv=1.
Remarque. Les entiers u et v ne sont pas uniques. Ils peuvent être trouvés en « remontant » l’algorithme d’Euclide.
Exemple 1.1
Déterminons le PGCD de 75 et 55 et des coefficients de Bézout : \begin{aligned} 75 &= 55 \times 1 + 20 \\ 55 &= 20 \times 2 + 15 \\ 20 &= 15 \times 1 + 5 \\ 15 &= 5 \times 3 + 0 \end{aligned} Donc \operatorname{pgcd}(75,55)=5. En remontant : 5 = 20 - 15 \times 1 = 20 - (55 - 20 \times 2) = 75 \times 3 + 55 \times (-4) Donc u=3 et v=-4.
Théorème 1.3 — (Lemme de Gauss)
Soient a, b, c trois entiers tels que \operatorname{pgcd}(a,b)=1. Alors : a \mid bc \implies a \mid c
Théorème 1.4 — (Lemme d’Euclide)
Soient a, b, c trois entiers tels que \operatorname{pgcd}(a,b)=1. Alors : a \mid c \text{ et } b \mid c \implies ab \mid c
1.5 Nombres premiers et Valuation p-adique
Définition 1.4
Un entier naturel p > 1 est dit premier s’il possède exactement deux diviseurs naturels : 1 et p.
Proposition 1.3
Soient a, b \in \mathbb{Z} et p un nombre premier. Alors : p \mid ab \iff p \mid a \text{ ou } p \mid b
Théorème 1.5 — (Théorème fondamental de l’arithmétique)
Tout entier naturel non nul n se décompose de façon unique en produit de nombres premiers : n = \prod_{p \in \mathcal{P}} p^{v_p(n)} où \mathcal{P} est l’ensemble des nombres premiers et v_p(n) est le plus grand entier naturel m tel que p^m \mid n. L’entier v_p(n) est appelé la valuation p-adique de n.
Proposition 1.4 — (Propriétés de la valuation)
Soit (a,b) \in (\mathbb{N}^*)^2. Alors :
- \forall p \in \mathcal{P},\ v_p(ab) = v_p(a) + v_p(b)
- a \mid b \iff \forall p \in \mathcal{P},\ v_p(a) \leq v_p(b)
- \operatorname{pgcd}(a,b) = \prod_{p \in \mathcal{P}} p^{\min(v_p(a), v_p(b))}
- \operatorname{ppcm}(a,b) = \prod_{p \in \mathcal{P}} p^{\max(v_p(a), v_p(b))}
Exercice 1.3
- Calculer v_2(54), v_3(54), v_5(54). Décomposer 54 en produit de nombres premiers.
- Soient p,q \in \mathcal{P} et k \in \mathbb{N}. Calculer v_p(q^k).
2 Nombres rationnels et réels
2.1 Ensemble \mathbb{Q} des nombres rationnels
Définition 2.1
Un nombre rationnel est un nombre qui peut s’écrire sous la forme \frac{p}{q} où p \in \mathbb{Z} et q \in \mathbb{N}^*. L’ensemble des rationnels est noté \mathbb{Q}.
La forme irréductible d’un rationnel est son écriture \frac{p}{q} avec \operatorname{pgcd}(p,q)=1 et q>0.
Exercice 2.1
Soit p un nombre premier. Montrer que \sqrt{p} \notin \mathbb{Q}.
2.2 Ensemble \mathbb{R} des nombres réels
Remarque. La construction de \mathbb{R} (par suites de Cauchy ou coupures de Dedekind) est hors programme. On admet que \mathbb{R} est un corps commutatif totalement ordonné contenant \mathbb{Q} et vérifiant l’axiome de la borne supérieure.
Proposition 2.1 — (Propriétés de l’ordre dans \boldsymbol{\mathbb{R}})
Pour tous x,y,z,t \in \mathbb{R} :
- x \leq y \text{ et } z \leq t \implies x+z \leq y+t
- x \leq y \text{ et } z < t \implies x+z < y+t
- Si z,t \geq 0 : x \leq y \text{ et } z \leq t \implies xz \leq yt
- x \leq y \implies -y \leq -x
- Si x,y > 0 : x \leq y \implies \frac{1}{y} \leq \frac{1}{x}
Définition 2.2 — (Valeur absolue)
Soit x \in \mathbb{R}. On définit la valeur absolue de x par : |x| = \max(-x, x) = \begin{cases} -x & \text{si } x \leq 0 \\ x & \text{sinon} \end{cases}
Proposition 2.2
Soient x,y \in \mathbb{R}. Alors :
- \max(x,y) = \frac{|y-x|+(x+y)}{2}
- \min(x,y) = \frac{(x+y)-|y-x|}{2}
- Inégalité triangulaire : \big||x|-|y|\big| \leq |x \pm y| \leq |x|+|y|
Théorème 2.1 — (Propriété d’Archimède)
\forall y \in \mathbb{R},\ \forall x > 0,\ \exists n \in \mathbb{N},\ nx > y
Définition 2.3 — (Partie entière)
Pour tout x \in \mathbb{R}, il existe un unique entier p \in \mathbb{Z} tel que p \leq x < p+1. Cet entier est appelé la partie entière de x et est noté \lfloor x \rfloor ou E(x).
Proposition 2.3 — (Propriétés de la partie entière)
- \forall x \in \mathbb{R},\ \forall n \in \mathbb{Z},\ \lfloor x \rfloor = n \iff n \leq x < n+1
- \forall n \in \mathbb{Z},\ \lfloor n \rfloor = n
- \forall x \in \mathbb{R},\ \forall n \in \mathbb{Z},\ \lfloor x+n \rfloor = \lfloor x \rfloor + n
- \forall x,y \in \mathbb{R},\ \lfloor x \rfloor + \lfloor y \rfloor \leq \lfloor x+y \rfloor
3 Bornes supérieures et inférieures
3.1 Parties majorées, minorées
Définition 3.1
Soit A une partie non vide de \mathbb{R}.
- A est majorée s’il existe M \in \mathbb{R} tel que \forall x \in A,\ x \leq M. Un tel M est un majorant.
- A est minorée s’il existe m \in \mathbb{R} tel que \forall x \in A,\ m \leq x. Un tel m est un minorant.
- Le plus grand élément de A (s’il existe) est noté \max A.
- Le plus petit élément de A (s’il existe) est noté \min A.
Exemple 3.1
- E = ]0,1] : \max E = 1, pas de minimum, \inf E = 0.
- F = \mathbb{Q} \cap [\sqrt{2}, +\infty[ : pas de minimum, pas de maximum, \inf F = \sqrt{2}.
- Un segment [a,b] admet \min = a et \max = b.
3.2 Borne supérieure et borne inférieure
Définition 3.2
Soit X une partie non vide de \mathbb{R}.
- La borne supérieure de X, notée \sup X, est le plus petit des majorants de X (si elle existe).
- La borne inférieure de X, notée \inf X, est le plus grand des minorants de X (si elle existe).
Théorème 3.1 — (Axiome de la borne supérieure)
Toute partie non vide de \mathbb{R} majorée admet une borne supérieure. Toute partie non vide minorée admet une borne inférieure.
Remarque.
- Un ensemble qui admet une borne supérieure n’admet pas forcément de plus grand élément.
- Si X admet un plus grand élément, alors \max X = \sup X.
- Dans la droite achevée \overline{\mathbb{R}} = \mathbb{R} \cup \{-\infty, +\infty\}, toute partie non vide possède une borne supérieure et une borne inférieure.
Théorème 3.2 — (Caractérisation de la borne supérieure)
Soient X une partie non vide de \mathbb{R} et \alpha \in \mathbb{R}. Alors : \sup X = \alpha \iff \begin{cases} \forall x \in X,\ x \leq \alpha \\ \forall \varepsilon > 0,\ \exists x_\varepsilon \in X,\ \alpha - \varepsilon < x_\varepsilon \end{cases}
Exemple 3.2
Soit G = \left\{ \frac{1}{n} - \frac{1}{m} \mid (n,m) \in (\mathbb{N}^*)^2 \right\}.
- Borne inférieure : Pour tout (n,m), \frac{1}{n} - \frac{1}{m} \geq -1. De plus, pour n=1 et m \to +\infty, \frac{1}{1}-\frac{1}{m} \to 1… Non, prenons n \to +\infty et m=1 : \frac{1}{n}-1 \to -1. Donc \inf G = -1.
- Borne supérieure : Pour tout (n,m), \frac{1}{n} - \frac{1}{m} \leq 1. De plus, pour m \to +\infty et n=1, \frac{1}{1}-\frac{1}{m} \to 1. Donc \sup G = 1.
Exercice 3.1
Déterminer, quand elles existent, les bornes supérieures et inférieures des ensembles suivants :
- A = \left\{ \frac{1}{n} + (-1)^n \mid n \in \mathbb{N}^* \right\}
- B = \mathbb{Q} \cap [\sqrt{2}, 2]
- C = \left\{ \frac{1}{m} + \frac{1}{n} \mid (m,n) \in (\mathbb{N}^*)^2 \right\}
4 Densité dans \mathbb{R}
Définition 4.1
Une partie X de \mathbb{R} est dite dense dans \mathbb{R} si : \forall y \in \mathbb{R},\ \forall \varepsilon > 0,\ \exists x \in X,\ |y-x| < \varepsilon
Proposition 4.1
Soit X une partie de \mathbb{R}. Les assertions suivantes sont équivalentes :
- X est dense dans \mathbb{R}.
- \forall (y_1, y_2) \in \mathbb{R}^2,\ y_1 < y_2 \implies \exists x \in X,\ y_1 < x < y_2.
Théorème 4.1
Les ensembles \mathbb{Q} et \mathbb{R} \setminus \mathbb{Q} sont denses dans \mathbb{R}.
Exercice 4.1 — (Densité des décimaux)
Montrer que l’ensemble \mathbb{D} = \{ q \cdot 10^{-p} \mid (p,q) \in \mathbb{N} \times \mathbb{Z} \} est dense dans \mathbb{R}.