Ensembles et applications
Chapitre 02
MPSI (1re année) — Chapitre 02. Vocabulaire de la théorie des ensembles, complémentaire, réunion, intersection, produit cartésien, applications, injection, surjection, bijection, familles, fonction indicatrice, relations binaires.
Ce chapitre a été réalisé conformément au programme marocain de mathématiques de la filière MPSI.
1 Vocabulaire de la théorie des ensembles
Définition 1.1
- Un ensemble est une collection d’objets ;
- Un ensemble qui possède un unique élément x s’appelle singleton et se note \{x\} ;
- Si « x est un élément d’un ensemble E » (ou « x appartient à E »), on note \mathbf{x\in E} ;
- On dit qu’un ensemble F est inclus dans un autre ensemble E si tout élément de F est un élément de E (ceci se traduit par \forall x\in F,\ x\in E : quel que soit x appartenant à F, x appartient à E) et on écrit \mathbf{F\subset E}. On dit aussi que F est un sous-ensemble (ou une partie) de E ;
- Deux ensembles F et G sont dits égaux si F\subset G et G\subset F, et on écrit \mathbf{F=G} ;
- Si F est une partie d’un ensemble E, l’ensemble \{x\in E \,/\, x\notin F\} est appelé complémentaire de F dans E et noté \mathsf{C}_E F ou \overline{F}.
Exemple 1.1
- \mathbb{N}=\{0,1,2,3,\cdots\} l’ensemble des nombres entiers naturels ;
- \mathbb{Z}=\{\cdots,-3,-2,-1,0,1,2,3,\cdots\} l’ensemble des nombres entiers relatifs ;
- \mathbb{N} est une partie de \mathbb{Z} et \mathbb{N}^*=\{1,2,3,\cdots\} est une partie de \mathbb{N} et de \mathbb{Z} ;
- \mathbb{Z} est une partie de \mathbb{Q}=\left\{\frac{p}{q} \,/\, (p\in\mathbb{Z})\wedge(q\in\mathbb{N}^*)\right\} l’ensemble des nombres rationnels, et \mathbb{Q} est une partie de \mathbb{R} l’ensemble des nombres réels ;
- \mathbb{R}^+=\{x\in\mathbb{R} \,/\, x\geq 0\}, \mathbb{R}^-=\{x\in\mathbb{R} \,/\, x\leq 0\}, \mathbb{R}^*=\{x\in\mathbb{R} \,/\, x\neq 0\} et l’ensemble des nombres irrationnels \mathbb{R}\smallsetminus\mathbb{Q} sont des parties de \mathbb{R} ;
- Le complémentaire de \mathbb{R} dans \mathbb{C} est l’ensemble des nombres complexes imaginaires, i.e. : \mathsf{C}_{\mathbb{C}}\mathbb{R}=\{a+ib \,/\, (a\in\mathbb{R})\wedge(b\in\mathbb{R}^*)\}
Remarque. Il ne faut pas confondre l’ensemble \{x\} et l’élément x.
À tout ensemble E on associe l’ensemble noté \varnothing_E et donné par : \varnothing_E=\{x\in E \,/\, x\neq x\}
Définition 1.2 — (Ensemble vide)
L’ensemble \varnothing_E est indépendant de E ; on l’appelle ensemble vide et on le note \varnothing.
Preuve. Considérons deux ensembles E et F et associons-leur \varnothing_E et \varnothing_F. L’implication P\Longrightarrow Q est toujours vraie si \neg P est vraie. On a \forall x,\ x=x, donc \forall x,\ x\notin\varnothing_E, par suite pour tout x l’implication : x\in\varnothing_E \Longrightarrow x\in\varnothing_F est vraie, d’où \varnothing_E\subset\varnothing_F. De même, \varnothing_F\subset\varnothing_E. D’où \varnothing_E=\varnothing_F.
Remarque. \varnothing\subset E.
Définition 1.3
Soit E un ensemble. L’ensemble \{X \,/\, X\subset E\} est appelé ensemble des parties de E, qu’on note \mathcal{P}(E).
Remarque. Soit un ensemble E, on a toujours \varnothing,\ E\in\mathcal{P}(E).
Exemple 1.2
E=\{a,b,c\} donc : \mathcal{P}(E)=\{\varnothing,\{a\},\{b\},\{c\},\{a,b\},\{a,c\},\{b,c\},\{a,b,c\}\}
Définition 1.4 — (Réunion & Intersection)
Soient E et F deux ensembles.
- L’ensemble \{x \,/\, (x\in E)\vee(x\in F)\} s’appelle réunion (ou union) de E et F, qu’on note \mathbf{E\cup F} ;
- L’ensemble \{x \,/\, (x\in E)\wedge(x\in F)\} s’appelle intersection de E et F, qu’on note \mathbf{E\cap F}.
Exemple 1.3
Soit E=[0,1[\,\cup\{\sqrt{2}\}\cup[2,4], et on se donne les parties de E : A=\{1/2,3\}\cup[2,5/2] et B=[1/2,1[\,\cup\{\sqrt{2},3\}. Alors on a :
- A\cup B=[1/2,1[\,\cup\{\sqrt{2}\}\cup[2,5/2]\cup\{3\}
- A\cap B=\{1/2,3\}
Théorème 1.1
Soit \Omega un ensemble. Si E, F et G sont des parties de \Omega, alors on a les propriétés suivantes :
- Complémentaire : \overline{\varnothing}=\Omega ; \overline{\Omega}=\varnothing ; \overline{\overline{E}}=E ; si F\subset E alors \overline{E}\subset\overline{F}.
- Lois de Morgan : \mathsf{C}_{\Omega}(E\cup F)=\mathsf{C}_{\Omega}E\cap\mathsf{C}_{\Omega}F \qquad \mathsf{C}_{\Omega}(E\cap F)=\mathsf{C}_{\Omega}E\cup\mathsf{C}_{\Omega}F
- Réunion : E\cup F=F\cup E ; E\cup(F\cup G)=(E\cup F)\cup G ; E\cup E=E ; E\cup\varnothing=E ; E\cup\Omega=\Omega.
- Intersection : E\cap F=F\cap E ; E\cap(F\cap G)=(E\cap F)\cap G ; E\cap E=E ; E\cap\varnothing=\varnothing ; E\cap\Omega=E.
- Réunion et Intersection : E\cap(F\cup G)=(E\cap F)\cup(E\cap G) \qquad E\cup(F\cap G)=(E\cup F)\cap(E\cup G)
Preuve.
- Complémentaire
- Montrons que \Omega=\overline{\varnothing} : on a \forall x\in\Omega,\ x\notin\varnothing et \forall x\in\overline{\varnothing},\ x\notin\varnothing, donc \Omega=\overline{\varnothing}.
- Montrons que \overline{\Omega}=\varnothing : on a \forall x\in\overline{\Omega},\ x\notin\Omega et \forall x\in\varnothing,\ x\notin\Omega, donc \overline{\Omega}=\varnothing.
- Montrons que \overline{\overline{E}}=E : on a \forall x\in\overline{\overline{E}},\ x\notin\overline{E} et \forall x\in E,\ x\notin\overline{E}, donc \overline{\overline{E}}=E.
- Montrons que si F\subset E alors \overline{E}\subset\overline{F} : soit x\in\overline{E}, donc x\notin E et comme F\subset E alors x\notin F, donc x\in\overline{F}. D’où \overline{E}\subset\overline{F}.
- Lois de Morgan
- Montrons que \mathsf{C}_{\Omega}(E\cup F)=\mathsf{C}_{\Omega}E\cap\mathsf{C}_{\Omega}F : on a E\subset E\cup F et F\subset E\cup F, donc d’après ce qui précède \mathsf{C}_{\Omega}(E\cup F)\subset\mathsf{C}_{\Omega}E et \mathsf{C}_{\Omega}(E\cup F)\subset\mathsf{C}_{\Omega}F. Inversement, soit x\in\mathsf{C}_{\Omega}E\cap\mathsf{C}_{\Omega}F, donc x\notin E et x\notin F, donc x\notin E\cup F, donc x\in\mathsf{C}_{\Omega}(E\cup F). D’où le résultat.
- Montrons que \mathsf{C}_{\Omega}(E\cap F)=\mathsf{C}_{\Omega}E\cup\mathsf{C}_{\Omega}F : on applique ce qui précède à \mathsf{C}_{\Omega}E\cup\mathsf{C}_{\Omega}F, ce qui donne : \mathsf{C}_{\Omega}(\mathsf{C}_{\Omega}E\cup\mathsf{C}_{\Omega}F)=\mathsf{C}_{\Omega}(\mathsf{C}_{\Omega}E)\cap\mathsf{C}_{\Omega}(\mathsf{C}_{\Omega}F)=E\cap F D’où \mathsf{C}_{\Omega}(E\cap F)=\mathsf{C}_{\Omega}E\cup\mathsf{C}_{\Omega}F.
- 4) et 5) Réunion et Intersection : ces résultats sont immédiats.
Définition 1.5
- Soient E et F deux ensembles, on appelle produit cartésien de E et F, qu’on note E\times F, l’ensemble : E\times F=\{(x,y) \,/\, (x\in E)\wedge(y\in F)\}
- Si p est un entier \geq 2 et E_1,E_2,\cdots,E_p des ensembles, de la même façon on définit le produit cartésien des ensembles E_1,E_2,\cdots,E_p : E_1\times\cdots\times E_p=\{(x_1,x_2,\cdots,x_p) \,/\, (x_1\in E_1)\wedge(x_2\in E_2)\wedge\cdots\wedge(x_p\in E_p)\}
- Un élément (x_1,x_2,\cdots,x_p) du produit cartésien E_1\times E_2\times\cdots\times E_p s’appelle p-uplet.
Définition 1.6
- On appelle différence des ensembles E et F pris dans cet ordre l’ensemble noté \mathbf{E\smallsetminus F} et défini par : E\smallsetminus F=\{x\in E \,/\, x\notin F\}
- On appelle différence symétrique des ensembles E et F l’ensemble noté \mathbf{E\,\Delta\, F} et défini par : E\,\Delta\, F=(E\smallsetminus F)\cup(F\smallsetminus E)
Exemple 1.4
- \mathsf{C}_E F=E\smallsetminus F
- E\,\Delta\,\varnothing=E
2 Applications
Définition 2.1 — (Application)
Soient E et F deux ensembles. On appelle application de E dans F une correspondance f qui à chaque élément x de E associe un élément et un seul y de F.
- E est appelé ensemble de départ de l’application ;
- F est appelé ensemble d’arrivée de l’application ;
- y est appelé image de x par l’application. On écrit y=f(x) ;
- x est appelé antécédent de y par l’application ;
- L’ensemble \Gamma=\{(x,f(x)) \,/\, x\in E\} est appelé graphe de l’application f et on le note \mathbf{gr(f)} : f : \begin{array}{rcl} E & \longrightarrow & F \\ x & \longmapsto & f(x)\end{array}
- L’ensemble des applications de E dans F est noté \mathbf{F^E}.
Exemple 2.1
- L’application \operatorname{Id}_E : E\longrightarrow E,\ x\longmapsto x s’appelle l’application identité dans E.
- E : \mathbb{R}\longrightarrow\mathbb{R},\ x\longmapsto E(x) est une application, où E(x):=\max\{n\in\mathbb{Z} \,/\, n\leq x\} qui s’appelle la partie entière de x.
- Une application du type u : \mathbb{N}\longrightarrow\mathbb{R},\ n\longmapsto u_n s’appelle suite à valeurs réelles, qu’on note brièvement (u_n)_{n\in\mathbb{N}}.
Définition 2.2
Soient E et F deux ensembles. On appelle fonction de E dans F une correspondance qui à chaque élément x de E associe au plus un élément y de F. Si on désigne par f la fonction, il existe une partie D de E, appelée domaine de définition de f, donnée par : D=\{x\in E \,/\, \exists y\in F,\ y=f(x)\} telle que : f : \begin{array}{rcl} D & \longrightarrow & F \\ x & \longmapsto & f(x)=y\end{array} soit une application. L’ensemble des fonctions de E dans F est noté \mathcal{F}(E,F).
Exemple 2.2
Voici quelques fonctions :
- La fonction f_1 : \mathbb{R}\longrightarrow\mathbb{R},\ x\longmapsto\sqrt{x} a pour domaine de définition D_{f_1}=\mathbb{R}^+ ;
- La fonction f_2 : \mathbb{C}\longrightarrow\mathbb{C},\ z\longmapsto\frac{z^2}{1-z} a pour domaine de définition D_{f_2}=\mathbb{C}\smallsetminus\{1\} ;
- La fonction f_3 : \mathbb{R}\longrightarrow\mathbb{C},\ x\longmapsto\frac{x}{\ln x} a pour domaine de définition D_{f_3}=\,]0,1[\,\cup\,]1,+\infty[ ;
- La fonction f_4 : \mathbb{R}^2\longrightarrow\mathbb{R},\ (x,y)\longmapsto\frac{\ln x}{y} a pour domaine de définition D_{f_4}=\,]0,+\infty[\,\times\,\mathbb{R}^* ;
- La fonction f_5 : \mathbb{R}^3\longrightarrow\mathbb{R}^2,\ (x,y,z)\longmapsto\left(\frac{1}{1-x},\frac{1}{y^2+z^2}\right) a pour domaine de définition l’ensemble : D_{f_5}=\{(x,y,z)\in\mathbb{R}^3 \,/\, (x\neq 1)\wedge((y,z)\neq(0,0))\}
Définition 2.3
Soit f : E\longrightarrow F une application.
- Soit A une partie de E. L’ensemble \{f(x)\in F \,/\, x\in A\} se note \mathbf{f(A)} et s’appelle image directe de A ;
- Soit B une partie de F. L’ensemble \{x\in E \,/\, f(x)\in B\} se note \mathbf{f^{-1}(B)} et s’appelle image réciproque de B ;
- Si D est une partie de E, l’application D\longrightarrow F,\ x\longmapsto f(x) s’appelle restriction de f à la partie D, qu’on note \mathbf{f_{/D}} ;
- Inversement, si on note f_1=f_{/D}, f s’appelle prolongement de f_1 sur E ;
- Soient D une partie de E et C une partie de F tels que \forall x\in D,\ f(x)\in C. L’application D\longrightarrow C,\ x\longmapsto f(x) s’appelle application induite de f ;
- Soit g : F\longrightarrow G une application. L’application E\longrightarrow G,\ x\longmapsto g(f(x)) s’appelle application composée de f et g dans cet ordre et se note \mathbf{g\circ f}.
Exemple 2.3
Si on note f : \mathbb{R}\longrightarrow\mathbb{R},\ x\longmapsto E(x) l’application partie entière, on a :
- \operatorname{gr}(f)=\{(x,E(x)) \,/\, x\in\mathbb{R}\} ;
- f(\mathbb{R}^+)=\mathbb{N} (où \mathbb{R}^+=\{x\in\mathbb{R} \,/\, x\geq 0\}) ;
- f^{-1}(\{0\})=[0,1[ ;
- f_{/\mathbb{R}^+}(\mathbb{R}^-)=\{0\} (où \mathbb{R}^-=\{x\in\mathbb{R} \,/\, x\leq 0\}) ;
- f\left([\sqrt{2},2[\right)=\{1\} ;
- f^{-1}\left([\sqrt{2},2[\right)=\varnothing.
Exemple 2.4
Si on note g : \mathbb{R}\longrightarrow\mathbb{R},\ x\longmapsto e^x, on a :
- \operatorname{gr}(g)=\{(x,e^x) \,/\, x\in\mathbb{R}\} ;
- g(\mathbb{R})=\mathbb{R}^*_+ ;
- g^{-1}(\{0\})=\varnothing ;
- g(\mathbb{R}^-)=\,]0,1] ;
- g^{-1}(\mathbb{R}^-)=\varnothing.
Définition 2.4
Soit f : E\longrightarrow F une application.
- On dit que f est injective si tout élément de F possède au plus un antécédent. Autrement dit : \forall (x,x')\in E^2,\ \left(f(x)=f(x') \Longrightarrow x=x'\right) ou encore : \forall (x,x')\in E^2,\ \left(x\neq x' \Longrightarrow f(x)\neq f(x')\right)
- On dit que f est surjective si tout élément de F possède au moins un antécédent. Autrement dit : \forall y\in F,\ \exists x\in E,\ y=f(x)
- On dit que f est bijective si tout élément de F possède un antécédent et un seul. Autrement dit : \forall y\in F,\ \exists !\, x\in E,\ y=f(x)
Exemple 2.5
- L’application \mathbb{R}\longrightarrow\mathbb{Z},\ x\longmapsto E(x) (partie entière) est surjective et non injective.
- L’application \mathbb{N}\longrightarrow\mathbb{N},\ n\longmapsto n^2 est injective et non surjective.
- L’application \mathbb{N}^2\longrightarrow\mathbb{N}^*,\ (p,q)\longmapsto 2^p(2q+1) est bijective (voir exercice 07 du TD01 pour la surjectivité).
- L’application \exp : \mathbb{R}\longrightarrow\mathbb{R}^*_+,\ x\longmapsto e^x est bijective.
- L’application \mathbb{C}^*\longrightarrow\mathbb{C},\ z\longmapsto z+\frac{1}{z} est non injective et surjective.
Proposition 2.1
- Une application est bijective si et seulement si elle est à la fois injective et surjective.
- Soit f une application bijective de E dans F. L’application, notée f^{-1}, de F dans E qui à tout élément y de F lui associe l’unique élément x de E tel que f(x)=y est une bijection de F dans E, appelée bijection réciproque de f : f^{-1} : \begin{array}{rcl} F & \longrightarrow & E \\ y & \longmapsto & f^{-1}(y)=x \text{ tel que } f(x)=y\end{array}
- f^{-1} est l’unique application vérifiant : f^{-1}\circ f=\operatorname{Id}_E \qquad ; \qquad f\circ f^{-1}=\operatorname{Id}_F
Preuve.
- Le premier point est immédiat.
- Montrons que f^{-1} est une bijection :
- Soient y,y'\in F. Il existe x,x'\in E tels que f(x)=y et f(x')=y'. Donc si f^{-1}(y)\neq f^{-1}(y') alors x\neq x', donc y\neq y' (car f est bijective donc injective). D’où f^{-1} est bien définie.
- Soient y,y'\in F tels que f^{-1}(y)=f^{-1}(y'). Il existe x,x'\in E tels que f(x)=y et f(x')=y'. Si x=x' alors y=y' (car f est une application). D’où f^{-1} est injective.
- Soit x\in E, on a f(x)\in F est un antécédent par f^{-1} de x. Ainsi, on a montré que f^{-1} est bijective.
- Montrons que f^{-1} est unique et qu’on a f^{-1}\circ f=\operatorname{Id}_E et f\circ f^{-1}=\operatorname{Id}_F :
- Soit x\in E et posons f(x)=y ; comme f est bijective, y parcourt F lorsque x parcourt E. On a : f^{-1}\circ f(x)=f^{-1}(y)=x \qquad \text{et} \qquad f\circ f^{-1}(y)=f(x)=y d’où f^{-1}\circ f=\operatorname{Id}_E et f\circ f^{-1}=\operatorname{Id}_F.
- Soit g une autre application vérifiant les mêmes propriétés que f^{-1}. Soit y\in F, donc il existe un unique élément x\in E tel que y=f(x) (car f est bijective) (par définition de f^{-1} : f^{-1}(y)=x). Or, g\circ f=\operatorname{Id}_E, donc g(y)=g(f(x))=x=f^{-1}(y), ceci quel que soit y de F. D’où l’unicité de f^{-1}.
Proposition 2.2
Soient f : E\longrightarrow F et g : F\longrightarrow G deux applications. Alors :
- Si les applications f et g sont injectives, alors la composée g\circ f l’est aussi.
- Si les applications f et g sont surjectives, alors la composée g\circ f l’est aussi.
- Si les applications f et g sont bijectives, alors la composée g\circ f l’est aussi et on a : (g\circ f)^{-1}=f^{-1}\circ g^{-1}
Exemple 2.6
On considère les applications suivantes :
- g_1 : [0,1[\,\longrightarrow\,[0,1[,\ t\longmapsto\sqrt{t}
- g_2 : [0,1[\,\longrightarrow\,[1,2[,\ t\longmapsto 1+t
- g_3 : [1,2[\,\longrightarrow\,]1,2],\ t\longmapsto 2/t
- g_4 : ]1,2]\longrightarrow\,]0,1],\ t\longmapsto t-1
- g_5 : ]0,1]\longrightarrow\mathbb{R}^-,\ t\longmapsto\ln t
- g : [0,1[\,\longrightarrow\mathbb{R}^-,\ t\longmapsto\ln\frac{1-\sqrt{t}}{1+\sqrt{t}}
On a : g=g_5\circ g_4\circ g_3\circ g_2\circ g_1 Toutes ces applications sont bijectives et on a : g^{-1}=g_1^{-1}\circ g_2^{-1}\circ g_3^{-1}\circ g_4^{-1}\circ g_5^{-1}
3 Notion de famille – Fonction indicatrice
3.1 Notion de famille
Soit I un ensemble non vide dont les éléments seront appelés indices. Soit E un ensemble.
Définition 3.1
Toute application x de I vers E est appelée une famille d’éléments de E, indexée par I.
Pour i\in I, on note x_i plutôt que x(i), et on écrit (x_i)_{i\in I} cette famille d’éléments de E.
On note E^I l’ensemble des familles d’éléments de E indexées par I.
Exemple 3.1
Voici quelques familles de nombres et d’ensembles :
- \mathbb{C}=(z_z)_{z\in\mathbb{C}}=(z)_{z\in\mathbb{C}} famille de nombres complexes (c’est une famille infinie) ;
- \mathbb{U}=\left(e^{i\theta}\right)_{\theta\in\mathbb{R}} famille des nombres complexes de module 1 (c’est une famille infinie) ;
- \mathbb{U}_n=\left(e^{i\frac{2k\pi}{n}}\right)_{0\leq k\leq n-1} (n\in\mathbb{N}^*) famille des racines n^{\text{ièmes}} de l’unité (c’est une famille finie) ;
- \mathbb{R}=(x_x)_{x\in\mathbb{R}}=(x)_{x\in\mathbb{R}} famille des nombres réels (c’est une famille infinie) ;
- Soit E un ensemble. \mathcal{P}(E)=(X)_{X\in\mathcal{P}(E)} famille des parties de E (c’est une famille infinie ou finie) ;
- \left([a,b]\right)_{\{(a,b)\in\mathbb{R}^2 \,/\, a\leq b\}} famille des segments de \mathbb{R} (c’est une famille infinie) ;
- \left(\mathrm{D}(a,r)\right)_{\{(a,r)\in\mathbb{C}\times\mathbb{R}^*_+\}} famille des disques ouverts de \mathbb{C} (c’est une famille infinie).
Définition 3.2 — (Réunion & Intersection)
Soit (E_i)_{i\in I} une famille d’ensembles.
- \bigcup_{i\in I}E_i=\{x \,/\, \exists i\in I,\ x\in E_i\}
- \bigcap_{i\in I}E_i=\{x \,/\, \forall i\in I,\ x\in E_i\}
Remarque. x\in\bigcup_{i\in I}E_i \iff \exists i\in I,\ x\in E_i \qquad ; \qquad x\in\bigcap_{i\in I}E_i \iff \forall i\in I,\ x\in E_i
Exemple 3.2
- \bigcup_{a>0}[a,+\infty[\,=\mathbb{R}^*_+
- \bigcap_{a>0}[a,+\infty[\,=\varnothing
- \bigcap_{a<0}[a,+\infty[\,=\mathbb{R}^+
- \bigcup_{n\in\mathbb{N}}\{n\}=\mathbb{N}
- \bigcup_{n\in\mathbb{N}^*}\llbracket 1,n\rrbracket=\mathbb{N}^*
- \bigcap_{n\in\mathbb{N}^*}\llbracket 1,n\rrbracket=\{1\}
- \bigcup_{n\in\mathbb{N}^*}\left[\frac{1}{n},n\right]=\,]0,+\infty[
- \bigcap_{n\in\mathbb{N}^*}\left[\frac{1}{n},n\right]=\{1\}
Proposition 3.1
Soient (E_i)_{i\in I}, (F_j)_{j\in J} deux familles d’ensembles et E un ensemble. Alors on a :
E\cup\left(\bigcap_{i\in I}E_i\right)=\bigcap_{i\in I}\left(E\cup E_i\right) \qquad E\cap\left(\bigcup_{i\in I}E_i\right)=\bigcup_{i\in I}\left(E\cap E_i\right)
\left(\bigcap_{i\in I}E_i\right)\cup\left(\bigcap_{j\in J}F_j\right)=\bigcap_{\stackrel{i\in I}{j\in J}}\left(E_i\cup F_j\right) \qquad \left(\bigcup_{i\in I}E_i\right)\cap\left(\bigcup_{j\in J}F_j\right)=\bigcup_{\stackrel{i\in I}{j\in J}}\left(E_i\cap F_j\right)
3.2 Fonction indicatrice
Définition 3.3
Soit \Omega un ensemble et A une partie de \Omega. On appelle fonction indicatrice de A (ou caractéristique) l’application notée \mathbf{1}_A et définie par : \mathbf{1}_A : \begin{array}{rcl} \Omega & \longrightarrow & \{0,1\} \\ x & \longmapsto & \begin{cases} 1, & \text{si } x\in A \\ 0, & \text{sinon}\end{cases}\end{array}
Exemple 3.3
- \mathbf{1}_{\varnothing}=0 ; \mathbf{1}_{\Omega}=1
- Soit x\in\mathbb{R}. On a : |x|=x\left(\mathbf{1}_{\mathbb{R}^+}(x)-\mathbf{1}_{\mathbb{R}^-}(x)\right)
- Soit A une partie de \Omega. On a : \mathbf{1}_{\overline{A}}=1-\mathbf{1}_A
4 Relations binaires
Dans ce paragraphe, E désigne un ensemble non vide.
4.1 Notion de relation binaire
Définition 4.1 — (Relation binaire)
- On appelle relation binaire \mathcal{R} sur E une partie \Gamma du produit cartésien E\times E. La partie \Gamma est dite graphe de la relation \mathcal{R}.
- On dit qu’un élément x de E est en relation avec un autre élément y de E si (x,y)\in\Gamma, et on écrit : x\,\mathcal{R}\,y \iff (x,y)\in\Gamma
Exemple 4.1
- La relation d’inclusion sur \mathcal{P}(E) est une relation binaire : \forall (A,B)\in\mathcal{P}(E)^2,\ A\,\mathcal{R}\,B \iff A\subset B
- La relation de congruence modulo \alpha (\alpha\in\mathbb{R}) sur \mathbb{R} : \forall (x,y)\in\mathbb{R}^2,\ x=y\ [\alpha] \iff \exists k\in\mathbb{Z},\ y-x=k\alpha Cas particulier : lorsque \alpha=0, on obtient la relation d’égalité sur \mathbb{R} : \forall (x,y)\in\mathbb{R}^2,\ x\,\mathcal{R}\,y \iff x=y. Le graphe de cette relation est l’ensemble \{(x,x) \,/\, x\in\mathbb{R}\}.
- La relation de divisibilité sur \mathbb{Z} : \forall (a,b)\in\mathbb{Z}^2,\ a\,\mathcal{R}\,b \iff \exists k\in\mathbb{Z} \,/\, b=ak Le graphe de cette relation est l’ensemble \{(a,ak) \,/\, (a,k)\in\mathbb{Z}^2\}.
- La relation \leq (inférieur ou égal) sur \mathbb{R} : \forall (x,y)\in\mathbb{R}^2,\ x\,\mathcal{R}\,y \iff x\leq y Le graphe de cette relation est l’ensemble \{(x,y)\in\mathbb{R}^2 \,/\, x\leq y\}.
- La relation > (supérieur strictement) sur \mathbb{R} : \forall (x,y)\in\mathbb{R}^2,\ x\,\mathcal{R}\,y \iff x>y Le graphe de cette relation est l’ensemble \{(x,y)\in\mathbb{R}^2 \,/\, x>y\}.
- La relation \mathcal{R} définie sur \mathbb{C} par : \forall (z,z')\in\mathbb{C}^2,\ z\,\mathcal{R}\,z' \iff |z|=|z'| Le graphe de cette relation est l’ensemble \{(\rho e^{i\theta},\rho e^{i\theta'}) \,/\, (\rho,\theta,\theta')\in\mathbb{R}^*_+\times\mathbb{R}\times\mathbb{R}\}\cup\{(0,0)\}.
Définition 4.2
Soit \mathcal{R} une relation binaire sur E.
- On dit que la relation \mathcal{R} est réflexive si : \forall x\in E,\ x\,\mathcal{R}\,x ;
- On dit que la relation \mathcal{R} est symétrique si : \forall (x,y)\in E^2,\ \left(x\,\mathcal{R}\,y \Longrightarrow y\,\mathcal{R}\,x\right) ;
- On dit que la relation \mathcal{R} est anti-symétrique si : \forall (x,y)\in E^2,\ \left(x\,\mathcal{R}\,y \text{ et } y\,\mathcal{R}\,x \Longrightarrow y=x\right) ;
- On dit que la relation \mathcal{R} est transitive si : \forall (x,y,z)\in E^3,\ \left(x\,\mathcal{R}\,y \text{ et } y\,\mathcal{R}\,z \Longrightarrow x\,\mathcal{R}\,z\right).
Exemple 4.2
On reprend les relations binaires définies dans l’exemple précédent.
- La relation définie en (1) est réflexive, anti-symétrique, transitive et non symétrique ;
- La relation définie en (2) est réflexive, symétrique, transitive et non anti-symétrique ;
- La relation définie en (3) est réflexive, transitive, non symétrique et non anti-symétrique ;
- La relation définie en (4) est réflexive, anti-symétrique, transitive et non symétrique ;
- La relation définie en (5) est transitive, non réflexive, non symétrique et anti-symétrique ;
- La relation définie en (6) est réflexive, symétrique, transitive et non anti-symétrique.
4.2 Relations d’équivalence
Définition 4.3
Soit \mathcal{R} une relation binaire sur E. On dit que \mathcal{R} est une relation d’équivalence si elle est réflexive, symétrique et transitive.
Exemple 4.3
On reprend les relations binaires définies dans l’exemple précédent.
- La relation définie en (1) n’est pas une relation d’équivalence ;
- La relation définie en (2) est une relation d’équivalence ;
- La relation définie en (3) n’est pas une relation d’équivalence ;
- La relation définie en (4) n’est pas une relation d’équivalence ;
- La relation définie en (5) n’est pas une relation d’équivalence ;
- La relation définie en (6) est une relation d’équivalence.
4.3 Relations d’ordre
Définition 4.4
Soit \mathcal{R} une relation binaire sur E.
- On dit que \mathcal{R} est une relation d’ordre si elle est réflexive, anti-symétrique et transitive. On dit, dans ce cas, que (E,\mathcal{R}) est un ensemble ordonné ;
- On dit que \mathcal{R} est une relation d’ordre total si elle vérifie de plus : \forall (x,y)\in E^2,\ \left(x\,\mathcal{R}\,y \text{ ou } y\,\mathcal{R}\,x\right)
- Sinon, on dit que \mathcal{R} est une relation d’ordre partiel.
Exemple 4.4
On reprend les relations binaires définies dans l’exemple précédent.
- La relation définie en (1) est d’ordre partiel ;
- La relation définie en (2) n’est pas une relation d’ordre ;
- La relation définie en (3) n’est pas une relation d’ordre sur \mathbb{Z} ; c’est une relation d’ordre partiel sur \mathbb{N} ;
- La relation définie en (4) est d’ordre total sur \mathbb{R} et partiel sur \mathbb{C} ;
- La relation définie en (5) n’est pas d’ordre ;
- La relation définie en (6) n’est pas d’ordre.
Dans la suite, on notera toute relation d’ordre par \preceq, et donc (E,\preceq) sera un ensemble ordonné.
Définition 4.5
Soit A une partie de E.
- On dit que m\in E (respectivement M\in E) est un minorant (respectivement majorant) de A si et seulement si : \forall x\in A,\ m\preceq x \quad (\text{respectivement } x\preceq M)
- On dit que m\in E (respectivement M\in E) est un minimum (respectivement maximum) de A si : \begin{cases} m \text{ minorant } (\text{respectivement } M \text{ majorant}) \text{ de } A \\ m\in A \quad (\text{respectivement } M\in A)\end{cases}
Exemple 4.5
- Dans (\mathcal{P}(E),\subset), l’ensemble vide \varnothing est un minimum et l’ensemble E est un maximum de \mathcal{P}(E).
- Soit E=\{a,b,c,d\} et on considère (\mathcal{P}(E),\subset). Soit A=\{\varnothing,\{a\},\{b,c\}\}.
- L’ensemble vide \varnothing est un minimum de A.
- A n’admet pas de maximum mais il admet des majorants, à savoir E et \{a,b,c\}.
- On considère les ensembles A=\{1,-3,i,\sqrt{2}\} et B=\mathbb{Q}\cap\,]0,1].
- A n’admet ni minorant ni majorant.
- Tout élément de \mathbb{R}^- est un minorant de B et B n’admet pas de minimum.
- Tout élément de [1,+\infty[ est un majorant de B et 1 est un maximum de B.
Proposition 4.1
Le maximum et le minimum sont uniques s’ils existent.