Espaces vectoriels normés
Chapitre 02
MP (2e année) — Chapitre 02. Normes et EVN, suites d’éléments d’un EVN, topologie d’un EVN, comparaison des normes, étude locale d’une application, parties compactes, parties connexes par arcs, EVN de dimension finie, suites de Cauchy.
Ce chapitre a été réalisé conformément au programme marocain de mathématiques de la filière MP.
Dans tout ce chapitre, \mathbb{K} désigne \mathbb{R} ou \mathbb{C}.
1 Normes et espaces vectoriels normés
1.1 Définition
Définition 1.1 — (Norme)
Soit E un \mathbb{K}-espace vectoriel. On appelle norme sur E toute application \|\cdot\| : E \to \mathbb{R}^+ qui vérifie :
- Séparation : \forall x \in E, \quad \|x\| = 0 \iff x = 0_E
- Homogénéité : \forall \lambda \in \mathbb{K}, \; \forall x \in E, \quad \|\lambda x\| = |\lambda| \cdot \|x\|
- Inégalité triangulaire : \forall x, y \in E, \quad \|x + y\| \leq \|x\| + \|y\|
Un espace vectoriel normé (EVN) est un couple (E, \|\cdot\|) où E est un \mathbb{K}-espace vectoriel et \|\cdot\| est une norme sur E.
Définition 1.2 — (Distance associée à une norme)
Soit (E, \|\cdot\|) un EVN. La distance associée à la norme est l’application d : E \times E \to \mathbb{R}^+ définie par : d(x, y) = \|x - y\|
Proposition 1.1 — (Inégalité triangulaire pour la distance)
Soit (E, \|\cdot\|) un EVN. Alors :
- \forall x, y \in E, \quad d(x, y) = 0 \iff x = y
- \forall x, y \in E, \quad d(x, y) = d(y, x)
- \forall x, y, z \in E, \quad d(x, z) \leq d(x, y) + d(y, z)
1.2 Normes usuelles sur \mathbb{K}^n
Définition 1.3 — (Normes usuelles sur \boldsymbol{\mathbb{K}^n})
Sur \mathbb{K}^n, on définit les trois normes suivantes :
- \|x\|_1 = \sum_{k=1}^n |x_k|
- \|x\|_2 = \sqrt{\sum_{k=1}^n |x_k|^2}
- \|x\|_\infty = \max_{1 \leq k \leq n} |x_k|
Exemple 1.1
Dans \mathbb{R}^2 : \|(3, -4)\|_1 = 7, \quad \|(3, -4)\|_2 = 5, \quad \|(3, -4)\|_\infty = 4
1.3 Normes usuelles sur \mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K})
Définition 1.4 — (Normes usuelles sur les matrices)
Sur \mathcal{M}_{n,p}(\mathbb{K}), on définit :
- \|A\|_1 = \sup_{1 \leq j \leq p} \sum_{i=1}^n |a_{i,j}|
- \|A\|_\infty = \sup_{1 \leq i \leq n} \sum_{j=1}^p |a_{i,j}|
- \|A\|_2 = \left(\sum_{1 \leq i \leq n, \; 1 \leq j \leq p} |a_{i,j}|^2\right)^{1/2}
1.4 Autres exemples de normes
Définition 1.5 — (Norme de la convergence uniforme)
Si X est un ensemble non vide, l’espace \mathcal{B}(X, \mathbb{K}) des fonctions bornées de X dans \mathbb{K} est un EVN pour la norme : \|f\|_\infty = \sup_{x \in X} |f(x)| Cette norme est appelée norme de la convergence uniforme ou norme infinie.
Définition 1.6 — (Normes de la convergence en moyenne)
Sur l’espace \mathcal{C}([a,b], \mathbb{K}) des fonctions continues sur [a,b] à valeurs dans \mathbb{K}, on définit :
- \|f\|_1 = \int_a^b |f(t)|\, dt (convergence en moyenne)
- \|f\|_2 = \left(\int_a^b |f(t)|^2\, dt\right)^{1/2} (convergence en moyenne quadratique)
Définition 1.7 — (Norme associée à un produit scalaire)
Sur un espace préhilbertien réel (E, \langle \cdot, \cdot \rangle), l’application x \mapsto \sqrt{\langle x, x \rangle} est une norme sur E.
1.5 Produit d’espaces vectoriels normés
Proposition 1.2 — (Normes produit)
Soient (E_1, \mathcal{N}_1), \ldots, (E_n, \mathcal{N}_n) des EVN. Alors les applications suivantes définissent des normes sur le produit cartésien E = E_1 \times \cdots \times E_n :
- \|x\|_1 = \sum_{k=1}^n \mathcal{N}_k(x_k)
- \|x\|_2 = \sqrt{\sum_{k=1}^n \mathcal{N}_k(x_k)^2}
- \|x\|_\infty = \max_{1 \leq k \leq n} \mathcal{N}_k(x_k)
Ces normes sont appelées normes produit.
2 Suites d’éléments d’un EVN
2.1 Définitions
Définition 2.1 — (Suites convergentes et divergentes)
Soient (E, \|\cdot\|) un EVN et (u_n)_{n \in \mathbb{N}} une suite d’éléments de E.
On dit que la suite (u_n) converge vers l \in E si : \forall \varepsilon > 0, \; \exists N \in \mathbb{N}, \; n \geq N \implies \|u_n - l\| < \varepsilon
Dans le cas contraire, on dit que la suite (u_n) diverge.
2.2 Propriétés des suites convergentes
Proposition 2.1 — (Unicité de la limite)
Une suite convergente d’éléments d’un EVN possède une limite unique.
Proposition 2.2 — (Opérations algébriques sur les limites)
Soient (E, \|\cdot\|) un EVN et (u_n), (v_n) deux suites d’éléments de E convergeant respectivement vers l et l'. Alors pour tous \lambda, \mu \in \mathbb{K} : \lambda u_n + \mu v_n \xrightarrow[n \to +\infty]{} \lambda l + \mu l'
Proposition 2.3 — (Caractère borné d’une suite convergente)
Toute suite convergente d’éléments d’un EVN est bornée.
Proposition 2.4 — (Suites extraites)
Toute suite extraite d’une suite convergente est convergente et possède la même limite.
Proposition 2.5 — (Convergence dans un produit fini d’espaces normés)
Soient (E_1, \mathcal{N}_1), \ldots, (E_n, \mathcal{N}_n) des EVN. On munit E = \prod_{i=1}^n E_i de l’une des normes produit \|\cdot\|_i (i \in \{1, 2, \infty\}). Soit (u_k)_{k \in \mathbb{N}} = (u_k^{(1)}, \ldots, u_k^{(n)}) une suite d’éléments de E. Alors : (u_k) \to (l^{(1)}, \ldots, l^{(n)}) \iff \forall i \in \{1, \ldots, n\}, \; (u_k^{(i)}) \to l^{(i)}
3 Topologie d’un espace vectoriel normé
3.1 Boules, ouverts, fermés
Définition 3.1 — (Boules ouvertes, fermées et sphères)
Soient (E, \|\cdot\|) un EVN, a \in E et r > 0.
La boule ouverte de centre a et de rayon r est : B(a, r) = \{x \in E \mid \|x - a\| < r\}
La boule fermée de centre a et de rayon r est : \overline{B}(a, r) = \{x \in E \mid \|x - a\| \leq r\}
La sphère de centre a et de rayon r est : S(a, r) = \{x \in E \mid \|x - a\| = r\}
Définition 3.2 — (Ouvert et fermé d’un EVN)
Soit (E, \|\cdot\|) un EVN.
On appelle ouvert de E toute partie \mathcal{O} vide ou vérifiant : \forall x \in \mathcal{O}, \; \exists r > 0, \; B(x, r) \subset \mathcal{O}
Une partie F de E est dite fermée si \complement_E(F) est un ouvert de E.
Exemple 3.1
- Les boules ouvertes sont des ouverts.
- Les boules fermées sont des fermés.
- Les sphères sont des fermés.
Proposition 3.1 — (Stabilité des ouverts et des fermés)
Soit (E, \|\cdot\|) un EVN.
- Toute réunion d’ouverts est un ouvert.
- Toute intersection finie d’ouverts est un ouvert.
- Toute intersection de fermés est un fermé.
- Toute réunion finie de fermés est un fermé.
3.2 Points adhérents, adhérence, frontière
Définition 3.3 — (Point adhérent, adhérence, frontière)
Soient (E, \|\cdot\|) un EVN et A une partie de E.
Un point a \in E est adhérent à A si toute boule ouverte centrée en a rencontre A : \forall \varepsilon > 0, \; B(a, \varepsilon) \cap A \neq \varnothing
L’adhérence de A, notée \overline{A}, est l’ensemble des points adhérents à A.
L’intérieur de A, noté \mathrm{Int}(A) ou \mathring{A}, est l’ensemble des points x tels qu’il existe r > 0 avec B(x, r) \subset A.
La frontière de A, notée \mathrm{Fr}(A), est \overline{A} \setminus \mathring{A}.
Proposition 3.2 — (Caractérisation séquentielle des points adhérents et des fermés)
Soient (E, \|\cdot\|) un EVN et A une partie de E. Alors :
- a \in \overline{A} \iff \exists (u_n)_n \subset A \; / \; u_n \xrightarrow[n \to +\infty]{} a
- A est fermée \iff A = \overline{A}
3.3 Parties denses
Définition 3.4 — (Parties denses)
Soient (E, \|\cdot\|) un EVN et A une partie de E. A est dite dense dans E si : \forall x \in E, \; \forall \varepsilon > 0, \; B(x, \varepsilon) \cap A \neq \varnothing
Exemple 3.2
\mathbb{Q} est dense dans \mathbb{R}. Plus généralement, \mathbb{Q}^n est dense dans \mathbb{R}^n.
Proposition 3.3
Deux applications continues qui coïncident sur une partie dense sont égales.
3.4 Propriétés globales d’une application continue
Proposition 3.4 — (Image réciproque d’un ouvert/fermé)
Soient (E, \|\cdot\|) et (F, \|\cdot\|') deux EVN et f : E \to F une application continue. Alors :
- Si O est un ouvert de F, alors f^{-1}(O) est un ouvert de E.
- Si F est un fermé de F, alors f^{-1}(F) est un fermé de E.
Proposition 3.5
Si f : E \to \mathbb{R} est continue, alors : - \{x \in E \mid f(x) > 0\} et \{x \in E \mid f(x) < 0\} sont des ouverts. - \{x \in E \mid f(x) = 0\}, \{x \in E \mid f(x) \geq 0\}, \{x \in E \mid f(x) \leq 0\} sont des fermés.
3.5 Applications lipschitziennes
Définition 3.5 — (Application lipschitzienne)
Soient (E, \|\cdot\|) et (F, \|\cdot\|') deux EVN. Une application f : E \to F est dite lipschitzienne s’il existe K \geq 0 tel que : \forall x, y \in E, \quad \|f(x) - f(y)\|' \leq K \|x - y\|
Proposition 3.6
Toute application lipschitzienne est continue.
Exemple 3.3
L’application x \mapsto d(x, B) (distance à une partie non vide B d’un EVN) est 1-lipschitzienne.
4 Comparaison des normes
4.1 Définition
Définition 4.1 — (Normes équivalentes)
Soient \mathcal{N}_1 et \mathcal{N}_2 deux normes sur un \mathbb{K}-espace vectoriel E. On dit que \mathcal{N}_1 et \mathcal{N}_2 sont équivalentes s’il existe deux réels a > 0 et b > 0 tels que : \forall x \in E, \quad a \cdot \mathcal{N}_1(x) \leq \mathcal{N}_2(x) \leq b \cdot \mathcal{N}_1(x)
Exemple 4.1
Dans \mathbb{K}^n, les trois normes \|\cdot\|_1, \|\cdot\|_2, \|\cdot\|_\infty sont équivalentes.
4.2 Conséquences de l’équivalence
Proposition 4.1
Soient \mathcal{N}_1 et \mathcal{N}_2 deux normes équivalentes sur E. Alors :
- Une partie, une suite ou une fonction bornée pour \mathcal{N}_1 est bornée pour \mathcal{N}_2, et réciproquement.
- Toute suite convergente pour \mathcal{N}_1 est convergente pour \mathcal{N}_2, et réciproquement.
- Les deux normes \mathcal{N}_1 et \mathcal{N}_2 définissent la même topologie sur E (c’est-à-dire les mêmes parties ouvertes et fermées).
Exemple 4.2 — (Normes non équivalentes)
Considérons l’espace vectoriel E = \mathbb{R}[X]. On définit sur E les deux normes suivantes : \|P\|_\infty = \max_k |a_k| \quad \text{et} \quad \|P\|_h = \sum_{k=0}^{\deg(P)} \frac{|a_k|}{1+k} pour P = \sum_{k=0}^{\deg(P)} a_k X^k.
Considérons la suite (P_n) de polynômes définie par P_n = X^n. On a : \|P_n\|_\infty = 1 \quad \text{et} \quad \|P_n\|_h = \frac{1}{n+1} \to 0 Ces deux normes ne sont donc pas équivalentes.
4.3 Invariance des notions topologiques
Remarque. Lorsqu’il y a équivalence des normes, travailler avec n’importe quelle norme ne change rien à :
- La définition des ouverts et des fermés de E (propriétés topologiques).
- La convergence des suites d’éléments de E.
- Les limites des applications définies sur E ou dans E.
5 Étude locale d’une application
5.1 Limite en un point
Définition 5.1 — (Limite en un point)
Soient (E, \|\cdot\|) et (F, \|\cdot\|') deux EVN, A une partie non vide de E, f : A \to F une application et a un point adhérent à A. On dit que f admet pour limite l \in F en a si : \forall \varepsilon > 0, \; \exists \delta > 0, \; (x \in A \text{ et } \|x - a\| < \delta) \implies \|f(x) - l\|' < \varepsilon
5.2 Continuité
Définition 5.2 — (Continuité en un point et sur une partie)
Soient (E, \|\cdot\|) et (F, \|\cdot\|') deux EVN, A une partie non vide de E et f : A \to F une application.
f est continue en a \in A si : \forall \varepsilon > 0, \; \exists \delta > 0, \; (x \in A \text{ et } \|x - a\| < \delta) \implies \|f(x) - f(a)\|' < \varepsilon
f est continue sur A si elle est continue en tout point de A.
Proposition 5.1 — (Continuité des applications linéaires)
Soient (E, \|\cdot\|) et (F, \|\cdot\|') deux EVN et u : E \to F une application linéaire. Les assertions suivantes sont équivalentes :
- u \in \mathcal{L}_c(E, F) (applications linéaires continues).
- u est continue en 0_E.
- Il existe C \geq 0 tel que : \forall x \in E, \; \|u(x)\|' \leq C \|x\|.
- u est uniformément continue.
6 Espaces vectoriels normés de dimension finie
6.1 Équivalence des normes en dimension finie
Théorème 6.1 — (Admis)
Soit E un \mathbb{K}-espace vectoriel de dimension finie n \in \mathbb{N}^* et \mathcal{B} = (e_1, \ldots, e_n) une base de E.
Toutes les normes sur E sont équivalentes.
Remarque. En dimension finie, l’étude topologique d’un EVN E se ramène à celle de \mathbb{K}^n muni d’une norme. Le théorème de l’équivalence des normes permet de ramener l’étude topologique à celle de l’espace \mathbb{K}^n (\mathbb{K} = \mathbb{R} ou \mathbb{C}) qui peut servir de cadre à la présentation des différentes notions (boules, ouverts, limite et continuité, …).
6.2 Continuité des applications en dimension finie
Proposition 6.1 — (Continuité des applications multilinéaires)
Soient E_1, \ldots, E_p, F des EVN de dimension finie. Toute application f : E_1 \times \cdots \times E_p \to F multilinéaire est continue.
Exemple 6.1
Le déterminant est une forme multilinéaire et l’espace de départ \mathbb{K}^n \times \cdots \times \mathbb{K}^n est de dimension finie n^2, donc il est continu.
6.3 Propriétés topologiques en dimension finie
Proposition 6.2
Dans un EVN de dimension finie :
- Toute partie fermée et bornée est compacte.
- Tout sous-espace vectoriel est fermé.
- Toute partie compacte est fermée et bornée.
7 Parties compactes
7.1 Définition et propriétés
Définition 7.1 — (Partie compacte)
Soit (E, \|\cdot\|) un EVN. On dit qu’une partie K de E est compacte si toute suite d’éléments de K admet une valeur d’adhérence dans K.
Proposition 7.1
Soit (E, \|\cdot\|) un EVN.
- Si K est un compact de E, alors K est un fermé borné.
- Une boule fermée et une sphère sont fermées.
Proposition 7.2 — (Produit de compacts)
Soient (E_1, \mathcal{N}_1), \ldots, (E_n, \mathcal{N}_n) des EVN. Pour tout i \in \{1, \ldots, n\}, K_i est un compact de E_i. Posons E = \prod_{i=1}^n E_i et munissons E d’une norme produit \mathcal{N}. Alors K_1 \times \cdots \times K_n est un compact de E.
Proposition 7.3 — (Image d’un compact par une application continue)
Soient (E, \|\cdot\|) et (F, \|\cdot\|') deux EVN, f : E \to F une application continue et K une partie compacte de E. Alors f(K) est une partie compacte de F.
Corollaire 7.1 — (Théorème des bornes atteintes)
Soient (E, \|\cdot\|) un EVN et f : E \to \mathbb{R} une application continue. Si K est un compact de E, alors f est bornée et atteint ses bornes sur K.
8 Parties connexes par arcs
8.1 Définition
Définition 8.1 — (Partie connexe par arcs)
Soit (E, \|\cdot\|) un EVN. On dit qu’une partie A de E est connexe par arcs si pour tous a, b \in A, il existe un chemin continu \gamma : [0, 1] \to A tel que \gamma(0) = a et \gamma(1) = b.
Proposition 8.1
Soit (E, \|\cdot\|) un EVN.
- Toute partie convexe est connexe par arcs.
- Si A et B sont connexes par arcs et A \cap B \neq \varnothing, alors A \cup B est connexe par arcs.
Proposition 8.2 — (Image d’une partie connexe par arcs par une application continue)
Si f : E \to F est une application continue, alors f(A) est une partie connexe par arcs de F.
Corollaire 8.1 — (Théorème des valeurs intermédiaires)
Soit f : I \to \mathbb{R} une application continue et (a, b) \in I^2 tel que a < b. Posons \alpha = \min\{f(a), f(b)\} et \beta = \max\{f(a), f(b)\}. Alors pour tout y \in [\alpha, \beta], il existe x \in [a, b] tel que y = f(x).
9 Suites de Cauchy
9.1 Définition
Définition 9.1 — (Suite de Cauchy)
On dit qu’une suite (u_n)_{n \in \mathbb{N}} d’éléments d’un EVN (E, \|\cdot\|) est de Cauchy si : \forall \varepsilon > 0, \; \exists N \in \mathbb{N}, \; p, q \geq N \implies \|u_p - u_q\| < \varepsilon
Proposition 9.1
Toute suite d’éléments de E convergente est de Cauchy.
Définition 9.2 — (Espace complet ou de Banach)
On dira que E est un espace de Banach (ou un EVN complet) si toute suite d’éléments de E de Cauchy est convergente.
Exemple 9.1
- \mathbb{R}, \mathbb{C}, \mathbb{R}^n, \mathbb{C}^n munis des normes usuelles sont des espaces de Banach.
- Plus généralement, un EVN de dimension finie est complet.
- \mathbb{Q} muni de la valeur absolue n’est pas un espace de Banach.
10 Exercices
Exercice 10.1
Soient (E, \|\cdot\|) un EVN et (u_n) une suite d’éléments de E. Montrer que :
- Si u_n \to l, alors \|u_n\| \to \|l\|.
- La réciproque est fausse. Donner un contre-exemple.
Exercice 10.2
Soient (E, \|\cdot\|) un EVN et B(a, r) une boule ouverte. Montrer que B(a, r) est un ouvert.
Exercice 10.3
Soient \mathcal{N}_1 et \mathcal{N}_2 deux normes équivalentes sur E. Montrer que les deux normes définissent la même topologie sur E.
Exercice 10.4
Soient (E, \|\cdot\|) et (F, \|\cdot\|') deux EVN et f : E \to F une application continue. Montrer que si K est un compact de E, alors f(K) est un compact de F.
Exercice 10.5
Soient (E, \|\cdot\|) un EVN de dimension finie et F un sous-espace vectoriel de E. Montrer que F est fermé.
Exercice 10.6
Soient E = \mathbb{R}[X] et P_n = X^n pour tout n \in \mathbb{N}. Montrer que les normes \|\cdot\|_\infty et \|\cdot\|_h ne sont pas équivalentes sur E.
Exercice 10.7
Soient (E, \|\cdot\|) un EVN et (u_n) une suite de Cauchy d’éléments de E. Montrer que (u_n) est bornée.