Variables aléatoires à densité
Chapitre 13
TSI (2e année) — Chapitre 13. Variables aléatoires à densité, lois usuelles (uniforme, exponentielle, gamma, gaussienne), espérance et moments, produit de convolution, inégalités, convergence en loi, théorème de la limite centrée.
Ce chapitre a été réalisé conformément au programme marocain de mathématiques de la filière TSI.
Dans tout ce chapitre, (\Omega, \mathcal{T}, P) désigne un espace probabilisé.
1 Variables aléatoires à densité
1.1 Densité de probabilité
Définition 1.1 — (Densité de probabilité)
On dit que f : \mathbb{R} \to \mathbb{R} est une densité de probabilité si :
- f est continue sauf en un nombre fini de points.
- f est positive : \forall x \in \mathbb{R}, \quad f(x) \geq 0.
- L’intégrale \int_{-\infty}^{+\infty} f(t)\, dt converge et : \int_{-\infty}^{+\infty} f(t)\, dt = 1
Exemple 1.1
Pour (a, b) \in \mathbb{R}^2 avec a < b, la fonction f(x) = \frac{1}{b-a} \mathbb{1}_{[a,b]}(x) est une densité de probabilité.
Pour \lambda > 0, la fonction g(x) = \mathbb{1}_{\mathbb{R}^+}(x) \lambda e^{-\lambda x} est une densité de probabilité.
1.2 Variable aléatoire à densité
Définition 1.2 — (Variable aléatoire à densité)
Une variable aléatoire réelle X est dite à densité (ou de loi continue) si sa fonction de répartition F_X est continue sur \mathbb{R} et de classe \mathcal{C}^1 sur \mathbb{R} privé d’un sous-ensemble fini D (éventuellement vide).
Dans ce cas, on appelle densité de X la fonction définie sur \mathbb{R} par : f_X(t) = \begin{cases} F_X'(t) & \text{si } t \in \mathbb{R} \setminus D \\ 0 & \text{si } t \in D \end{cases}
Théorème 1.1 — (CNS pour qu’une variable aléatoire soit à densité)
Une variable aléatoire X admet une densité si et seulement si F_X est continue sur \mathbb{R} et de classe \mathcal{C}^1 sur \mathbb{R} privé d’un nombre fini de points.
Dans ce cas, une densité est définie par f_X(x) = F_X'(x) si F_X est \mathcal{C}^1 en x, et par une valeur arbitraire positive sinon.
- Pour des variables aléatoires à densité, trouver la loi c’est en trouver une densité.
- Modifier la valeur de f en un nombre fini de points ne change pas la valeur de \int_{-\infty}^x f, il n’y a donc pas unicité de la densité.
Proposition 1.1 — (Existence d’une variable aléatoire à densité fixée)
Soit f une densité de probabilité, alors il existe une variable aléatoire à densité X dont f est une densité.
Proposition 1.2 — (Calcul de probabilités pour une variable aléatoire à densité)
Soit X une variable aléatoire dont f est une densité et F sa fonction de répartition. Pour tout (a, b) \in \mathbb{R}^2 avec a < b :
- P(X = a) = 0
- P(X \leq a) = F(a) = \int_{-\infty}^a f(t)\, dt
- P(X \geq b) = 1 - F(b) = \int_b^{+\infty} f(t)\, dt
- P(a < X < b) = P(a \leq X \leq b) = \int_a^b f(t)\, dt = F(b) - F(a)
Contrairement aux variables aléatoires discrètes, pour tout x \in \mathbb{R}, P(X = x) = 0, et cela ne donne pas d’information sur X. Une variable aléatoire à densité est caractérisée soit par « sa » densité, soit par sa fonction de répartition.
1.3 Variables aléatoires usuelles à densité
Définition 1.3 — (Loi uniforme)
On dit que X suit une loi uniforme sur [a, b] (où (a, b) \in \mathbb{R}^2 avec a < b) si t \mapsto \frac{1}{b-a} \mathbb{1}_{[a,b]}(t) est une densité de X. On note X \hookrightarrow \mathcal{U}([a, b]).
Définition 1.4 — (Loi exponentielle)
On dit que X suit une loi exponentielle de paramètre \lambda > 0 si t \mapsto \mathbb{1}_{\mathbb{R}^+}(t) \lambda e^{-\lambda t} est une densité de X. On note X \hookrightarrow \mathcal{E}(\lambda).
Exemple 1.2 — (Fonctions de répartition des lois usuelles)
Si X \hookrightarrow \mathcal{U}([a, b]), alors : F_X(x) = \frac{x - a}{b - a} \mathbb{1}_{[a,b]}(x) + \mathbb{1}_{]b, +\infty[}(x)
Si X \hookrightarrow \mathcal{E}(\lambda), alors : F_X(x) = (1 - e^{-\lambda x}) \mathbb{1}_{\mathbb{R}^+}(x)
Si X \hookrightarrow \mathcal{E}(\lambda), alors pour tout (s, t) \in (\mathbb{R}^{+*})^2 : P(X > s + t \mid X > s) = P(X > t)
On dit qu’il y a absence de mémoire ou invariance temporelle.
Définition 1.5 — (Loi gamma)
On dit que X suit une loi gamma de paramètres (\alpha, \lambda) avec \alpha > 0 et \lambda > 0 si : f_X(t) = \begin{cases} \frac{\lambda^\alpha}{\Gamma(\alpha)} t^{\alpha - 1} e^{-\lambda t} & \text{si } t > 0 \\ 0 & \text{si } t \leq 0 \end{cases} où \Gamma(\alpha) = \int_0^{+\infty} t^{\alpha - 1} e^{-t}\, dt est la fonction gamma d’Euler.
On note X \hookrightarrow \Gamma(\alpha, \lambda).
- La loi exponentielle \mathcal{E}(\lambda) est la loi gamma \Gamma(1, \lambda).
- La loi \chi^2 à n degrés de liberté est la loi gamma \Gamma(n/2, 1/2).
2 Espérance et moments
2.1 Espérance
Définition 2.1 — (Espérance d’une variable aléatoire à densité)
On considère une variable aléatoire réelle X de loi à densité de densité f_X. On dit que la variable aléatoire X admet une espérance si la fonction x \mapsto x \cdot f_X(x) est intégrable sur \mathbb{R}, c’est-à-dire si \int_{-\infty}^{+\infty} |x| f_X(x)\, dx converge.
On appelle alors espérance de X et on note E(X) le réel : E(X) = \int_{-\infty}^{+\infty} x \cdot f_X(x)\, dx
Exemple 2.1 — (Espérance des lois usuelles à densité)
Si X \hookrightarrow \mathcal{U}([a, b]), alors X admet une espérance et : E(X) = \frac{a + b}{2}
Si X \hookrightarrow \mathcal{E}(\lambda), alors X admet une espérance et : E(X) = \frac{1}{\lambda}
Exemple 2.2
Si, pour t < 1, f(t) = 0 et pour t \geq 1, f(t) = \frac{1}{t^2} est une densité de X, est-ce que X admet une espérance ?
On calcule \int_1^{+\infty} |t| \cdot \frac{1}{t^2}\, dt = \int_1^{+\infty} \frac{1}{t}\, dt = +\infty. Donc X n’admet pas d’espérance.
2.2 Formule de transfert
Théorème 2.1 — (Formule de transfert)
Soit X une variable aléatoire à densité f et \varphi : I \to \mathbb{R} une fonction continue sur l’intervalle I privé d’un nombre fini de points, avec X(\Omega) \subset I. Alors \varphi(X) admet une espérance si et seulement si \int_I \varphi(x) f(x)\, dx converge absolument. Dans ce cas : E(\varphi(X)) = \int_I \varphi(x) f(x)\, dx
2.3 Moments
Définition 2.2 — (Moment d’ordre \boldsymbol{k})
Soit k \in \mathbb{N}^*. On dit que la variable aléatoire X admet un moment d’ordre k si la fonction x \mapsto x^k \cdot f_X(x) est intégrable sur \mathbb{R}. On appelle alors moment d’ordre k de X le réel : E(X^k) = \int_{-\infty}^{+\infty} x^k \cdot f_X(x)\, dx
2.4 Propriétés de l’espérance
Proposition 2.1 — (Linéarité de l’espérance)
Soient X et Y deux variables aléatoires à densité admettant chacune une espérance. Alors :
- Pour tout (a, b) \in \mathbb{R}^2, la variable aléatoire aX + bY admet une espérance et : E(aX + bY) = aE(X) + bE(Y)
- Si X \geq 0, alors E(X) \geq 0.
- Si X \leq Y, alors E(X) \leq E(Y).
Proposition 2.2 — (Espérance et indépendance)
Si X et Y sont deux variables aléatoires indépendantes admettant chacune une espérance, alors XY admet une espérance et : E(XY) = E(X) \cdot E(Y)
3 Variance
3.1 Définition et propriétés
Définition 3.1 — (Variance et écart-type)
Soit X une variable aléatoire à densité admettant un moment d’ordre 2.
On appelle variance de X le réel positif noté V(X) et défini par : V(X) = E\left((X - E(X))^2\right)
On appelle écart-type de X le réel noté \sigma(X) et défini par : \sigma(X) = \sqrt{V(X)}
Définition 3.2 — (Variable centrée et réduite)
Soit X une variable aléatoire réelle à densité.
- On dit que la variable aléatoire X est centrée si E(X) = 0.
- On dit que la variable aléatoire X est réduite si V(X) = 1.
Proposition 3.1 — (Propriétés de la variance)
Soit X une variable aléatoire à densité admettant un moment d’ordre 2.
- V(X) \geq 0
- Pour tout (a, b) \in \mathbb{R}^2, aX + b admet une variance et : V(aX + b) = a^2 V(X) (la variance est quadratique)
- Y admet une variance si et seulement si Y admet un moment d’ordre 2, alors : V(Y) = E(Y^2) - (E(Y))^2 (formule de König-Huygens)
- Si V(X) > 0, alors X^* = \frac{X - E(X)}{\sigma(X)} est centrée réduite, appelée variable centrée réduite associée à X.
Proposition 3.2 — (Variance de la somme de variables aléatoires indépendantes)
Si X et Y sont indépendantes et admettent des variances, alors X + Y admet une variance et : V(X + Y) = V(X) + V(Y)
Si X_1, \ldots, X_n sont indépendantes et admettent des variances, alors \sum_{i=1}^n X_i admet une variance et : V\left(\sum_{i=1}^n X_i\right) = \sum_{i=1}^n V(X_i)
Exemple 3.1 — (Variances des lois usuelles à densité)
Si X \hookrightarrow \mathcal{U}([a, b]), alors X admet une variance et : V(X) = \frac{(b - a)^2}{12}
Si X \hookrightarrow \mathcal{E}(\lambda), alors X admet une variance et : V(X) = \frac{1}{\lambda^2}
3.2 Covariance et coefficient de corrélation
Définition 3.3 — (Covariance)
Soient X et Y deux variables aléatoires à densité admettant chacune un moment d’ordre 2. La variable aléatoire (X - E(X))(Y - E(Y)) admet une espérance, appelée covariance de X et Y : \mathrm{cov}(X, Y) = E\left((X - E(X))(Y - E(Y))\right)
Proposition 3.3
Soient X et Y deux variables aléatoires à densité admettant un moment d’ordre 2. Alors : \mathrm{cov}(X, Y) = E(XY) - E(X) E(Y)
- La covariance définit une application bilinéaire symétrique sur L^2(\Omega, \mathcal{T}, P).
- Pour tout X \in L^2(\Omega, \mathcal{T}, P) : \mathrm{cov}(X, X) = V(X).
- Si X et Y admettent des moments d’ordre 2, alors : |\mathrm{cov}(X, Y)| \leq \sigma(X) \sigma(Y) (C’est une conséquence immédiate de l’inégalité de Cauchy-Schwarz.)
Proposition 3.4
Si X et Y sont indépendantes et admettent des moments d’ordre 2, alors : \mathrm{cov}(X, Y) = 0
Définition 3.4 — (Coefficient de corrélation linéaire)
Soient X et Y deux variables aléatoires à densité admettant un moment d’ordre 2 de lois non certaines (c’est-à-dire de variances non nulles). Le coefficient de corrélation linéaire du couple (X, Y) est : \rho(X, Y) = \frac{\mathrm{cov}(X, Y)}{\sigma(X) \sigma(Y)}
Proposition 3.5 — (Propriétés du coefficient de corrélation)
- \rho(X, Y) \in [-1, 1].
- \rho(X, Y) = 1 si et seulement si \exists \alpha > 0 tel que Y = \alpha X + \beta presque sûrement.
- \rho(X, Y) = -1 si et seulement si \exists \alpha < 0 tel que Y = \alpha X + \beta presque sûrement.
- Si X et Y sont indépendantes, alors \rho(X, Y) = 0. La réciproque est fausse.
4 Inégalités
4.1 Inégalité de Markov
Proposition 4.1 — (Inégalité de Markov)
Soient a > 0 et X une variable aléatoire positive admettant une espérance. Alors : P(X \geq a) \leq \frac{E(X)}{a}
4.2 Inégalité de Bienaymé-Tchebychev
Théorème 4.1 — (Inégalité de Bienaymé-Tchebychev)
Soit X une variable aléatoire réelle à densité admettant une variance. Alors pour tout a > 0 : P(|X - E(X)| \geq a) \leq \frac{V(X)}{a^2}
Preuve. On applique l’inégalité de Markov à la variable aléatoire positive (X - E(X))^2 : P(|X - E(X)| \geq a) = P((X - E(X))^2 \geq a^2) \leq \frac{E((X - E(X))^2)}{a^2} = \frac{V(X)}{a^2}
4.3 Inégalité de Jensen
Théorème 4.2 — (Inégalité de Jensen)
Soit X une variable aléatoire réelle admettant une espérance, f : \mathbb{R} \to \mathbb{R} une fonction convexe sur \mathbb{R}, et Y = f(X) admettant une espérance. Alors : f(E(X)) \leq E(f(X))
5 Produit de convolution
5.1 Somme de deux variables aléatoires à densité indépendantes
Théorème 5.1 — (Densité de la somme de deux variables aléatoires à densité indépendantes)
Soient X et Y deux variables aléatoires indépendantes de densité respective f et g. Alors X + Y est une variable aléatoire à densité dont une densité est la fonction f * g : (f * g)(x) = \int_{-\infty}^{+\infty} f(t) g(x - t)\, dt appelée produit de convolution de f et g.
Exemple 5.1 — (Somme de deux lois uniformes)
Soient X \hookrightarrow \mathcal{U}([0, 1]) et Y \hookrightarrow \mathcal{U}([0, 1]) indépendantes. Alors X + Y est à densité et une densité de X + Y est : (f * f)(x) = \begin{cases} x & \text{si } 0 \leq x \leq 1 \\ 2 - x & \text{si } 1 < x \leq 2 \\ 0 & \text{sinon} \end{cases}
C’est une densité triangulaire.
Exemple 5.2 — (Maximum de deux lois uniformes)
Soient X \hookrightarrow \mathcal{U}([0, 1]) et Y \hookrightarrow \mathcal{U}([0, 1]) indépendantes. Alors : F_{\max(X,Y)}(x) = P(\max(X, Y) \leq x) = P(X \leq x) \cdot P(Y \leq x) = F_X(x) \cdot F_Y(x)
Donc \max(X, Y) admet une densité f_{\max(X,Y)}(x) = 2x \mathbb{1}_{[0,1]}(x).
Exemple 5.3 — (Minimum de lois uniformes)
Soit (X_1, X_2, \ldots, X_n) une famille de variables aléatoires indépendantes où pour tout i \in \{1, \ldots, n\}, X_i \hookrightarrow \mathcal{U}([0, 1]). Alors : F_{\min(X_1, \ldots, X_n)}(x) = 1 - P(\min(X_1, \ldots, X_n) > x) = 1 - (1 - x)^n pour x \in [0, 1]. Donc \min(X_1, \ldots, X_n) admet une densité f_{\min}(x) = n(1-x)^{n-1} \mathbb{1}_{[0,1]}(x).
6 Loi normale
6.1 Loi normale centrée réduite
Définition 6.1 — (Loi normale centrée réduite)
On dit que X suit la loi normale centrée réduite si t \mapsto \frac{1}{\sqrt{2\pi}} e^{-t^2/2} est une densité de X. On note X \hookrightarrow \mathcal{N}(0, 1).
Proposition 6.1 — (Espérance et variance de la loi normale centrée réduite)
Si X \hookrightarrow \mathcal{N}(0, 1), alors X admet une espérance et une variance : E(X) = 0, \quad V(X) = 1
On ne dispose pas d’expression de la fonction de répartition d’une loi normale : \Phi(x) = \frac{1}{\sqrt{2\pi}} \int_{-\infty}^x e^{-t^2/2}\, dt ne se calcule pas explicitement. On peut soit utiliser une table de valeurs, soit la calculatrice.
Si X \hookrightarrow \mathcal{N}(0, 1) et x > 0, alors P(X \leq -x) = P(X \geq x) (par symétrie de la densité).
6.2 Loi normale de paramètres \mu et \sigma^2
Définition 6.2 — (Loi normale)
On dit que X suit la loi normale de paramètres \mu \in \mathbb{R} et \sigma^2 (avec \sigma > 0) si : f_X(t) = \frac{1}{\sigma\sqrt{2\pi}} e^{-\frac{(t-\mu)^2}{2\sigma^2}} est une densité de X. On note X \hookrightarrow \mathcal{N}(\mu, \sigma^2).
Proposition 6.2 — (Espérance et variance de la loi normale)
Si X \hookrightarrow \mathcal{N}(\mu, \sigma^2), alors X admet une espérance et une variance : E(X) = \mu, \quad V(X) = \sigma^2
Preuve. Montrons que \int_{-\infty}^{+\infty} x \frac{1}{\sqrt{2\pi}\sigma} e^{-\frac{(x-\mu)^2}{2\sigma^2}}\, dx converge et déterminer sa valeur. On pose t = \frac{x - \mu}{\sigma} de sorte que x = \sigma t + \mu et dx = \sigma\, dt. Comme x \mapsto \frac{x - \mu}{\sigma} est \mathcal{C}^1 et strictement monotone, \int_{-\infty}^{+\infty} x e^{-\frac{(x-\mu)^2}{2\sigma^2}}\, dx et \int_{-\infty}^{+\infty} (\sigma t + \mu) \frac{1}{\sqrt{2\pi}} e^{-t^2/2}\, dt ont même nature et sont égales en cas de convergence. Or \int_{-\infty}^{+\infty} \frac{t}{\sqrt{2\pi}} e^{-t^2/2}\, dt converge (car une loi normale centrée réduite admet une espérance qui vaut 0) et \int_{-\infty}^{+\infty} \frac{1}{\sqrt{2\pi}} e^{-t^2/2}\, dt converge (densité d’une loi normale centrée réduite). Par combinaison linéaire d’intégrales convergentes : \int_{-\infty}^{+\infty} (\sigma t + \mu) \frac{1}{\sqrt{2\pi}} e^{-t^2/2}\, dt = \sigma \cdot 0 + \mu \cdot 1 = \mu
Ainsi, X admet une espérance et E(X) = \mu. On montre de même que V(X) = \sigma^2 en utilisant la formule de transfert pour (X - \mu)^2.
6.3 Translation et dilatation d’une loi normale
Proposition 6.3 — (Translation et dilatation)
Si X \hookrightarrow \mathcal{N}(\mu, \sigma^2) et (a, b) \in \mathbb{R}^* \times \mathbb{R}, alors : aX + b \hookrightarrow \mathcal{N}(a\mu + b, a^2\sigma^2)
En particulier, X^* = \frac{X - \mu}{\sigma} \hookrightarrow \mathcal{N}(0, 1).
6.4 Sommes de variables aléatoires normales indépendantes
Proposition 6.4 — (Sommes de variables aléatoires normales indépendantes)
Si X \hookrightarrow \mathcal{N}(\mu, \sigma^2) et Y \hookrightarrow \mathcal{N}(\mu_1, \sigma_1^2) sont indépendantes, alors : X + Y \hookrightarrow \mathcal{N}(\mu + \mu_1, \sigma^2 + \sigma_1^2)
Si X_1, \ldots, X_n sont indépendantes et pour tout i \in \{1, \ldots, n\}, X_i \hookrightarrow \mathcal{N}(\mu_i, \sigma_i^2), alors : \sum_{i=1}^n X_i \hookrightarrow \mathcal{N}\left(\sum_{i=1}^n \mu_i, \sum_{i=1}^n \sigma_i^2\right)
Preuve. Soient X \hookrightarrow \mathcal{N}(\mu, \sigma^2) et Y \hookrightarrow \mathcal{N}(\mu_1, \sigma_1^2) indépendantes. Notons f et g des densités respectives de X et Y, et Z = X + Y. Puisque X et Y sont des variables aléatoires indépendantes à densité, Z est une variable à densité. D’après la formule du produit de convolution, une densité h de Z vérifie : h(x) = \int_{-\infty}^{+\infty} f(t) g(x - t)\, dt = \frac{1}{2\pi\sigma\sigma_1} \int_{-\infty}^{+\infty} e^{-\frac{\sigma_1^2(t-\mu)^2 + \sigma^2(x-t-\mu_1)^2}{2\sigma^2\sigma_1^2}}\, dt
En complétant le carré et en effectuant un changement de variable, on obtient : h(x) = \frac{1}{\sqrt{2\pi(\sigma^2 + \sigma_1^2)}} e^{-\frac{(x - \mu - \mu_1)^2}{2(\sigma^2 + \sigma_1^2)}}
On reconnaît une densité de la loi normale de paramètres m = \mu + \mu_1 et s^2 = \sigma^2 + \sigma_1^2.
7 Convergence en loi
7.1 Définition
Définition 7.1 — (Convergence en loi)
Soit (X_n)_{n \in \mathbb{N}} une suite de variables aléatoires réelles (discrètes ou à densité) et X une variable aléatoire. On dit que (X_n) converge en loi vers X, noté X_n \xrightarrow{\mathcal{L}} X, si pour toute fonction f continue et bornée sur \mathbb{R} : \lim_{n \to +\infty} E(f(X_n)) = E(f(X))
Proposition 7.1 — (Caractérisation par la fonction de répartition)
Soit (X_n)_{n \in \mathbb{N}} une suite de variables aléatoires réelles et X une variable aléatoire. Alors X_n \xrightarrow{\mathcal{L}} X si et seulement si pour tout x \in \mathbb{R} où F_X est continue : \lim_{n \to +\infty} F_{X_n}(x) = F_X(x)
7.2 Convergence en probabilité
Définition 7.2 — (Convergence en probabilité)
Soit (X_n)_{n \in \mathbb{N}} une suite de variables aléatoires réelles (discrètes ou à densité) et Y une variable aléatoire. On dit que (X_n) converge en probabilité vers Y, noté X_n \xrightarrow{P} Y, si : \forall \varepsilon > 0, \quad \lim_{n \to +\infty} P(|X_n - Y| \geq \varepsilon) = 0
Proposition 7.2
La convergence en probabilité implique la convergence en loi. La réciproque est fausse.
7.3 Convergence de la loi binomiale vers la loi de Poisson
Théorème 7.1 — (Théorème de Poisson)
Soit (X_n)_{n \geq 1} une suite de variables aléatoires telles que X_n \hookrightarrow \mathcal{B}(n, p_n) avec np_n \to \lambda > 0. Alors : X_n \xrightarrow{\mathcal{L}} \mathcal{P}(\lambda)
Autrement dit, pour tout k \in \mathbb{N} : P(X_n = k) = \binom{n}{k} p_n^k (1 - p_n)^{n-k} \xrightarrow[n \to +\infty]{} \frac{\lambda^k}{k!} e^{-\lambda}
La loi de Poisson est la loi des événements rares : elle modélise le nombre d’occurrences d’un événement de faible probabilité dans un grand nombre d’essais indépendants.
7.4 Loi faible des grands nombres
Théorème 7.2 — (Loi faible des grands nombres)
Soit (X_n)_{n \in \mathbb{N}} une suite de variables aléatoires réelles (discrètes ou à densité) deux à deux indépendantes et suivant une même loi. Si celles-ci admettent un moment d’ordre 2, alors en introduisant m leur espérance commune et S_n = \sum_{k=0}^n X_k : \forall \varepsilon > 0, \quad \lim_{n \to +\infty} P\left(\left|\frac{S_n}{n} - m\right| \geq \varepsilon\right) = 0
8 Théorème de la limite centrée
Théorème 8.1 — (Théorème de la limite centrée)
Soit (X_n)_{n \in \mathbb{N}} une suite de variables aléatoires réelles (discrètes ou à densité) mutuellement indépendantes et suivant une même loi. Si celles-ci admettent un moment d’ordre 2 et en introduisant m et \sigma leur espérance et variance communes respectivement, alors la suite : \left(\frac{1}{\sigma\sqrt{n}}\left(\sum_{k=1}^n X_k - nm\right)\right)_{n \geq 1} converge en loi vers la variable aléatoire suivant la loi normale centrée réduite \mathcal{N}(0, 1).
Le théorème de la limite centrée signifie que la vitesse de convergence de la loi des grands nombres est en \frac{\sigma}{\sqrt{n}}. Ce théorème admet de nombreuses applications, notamment en statistiques.
9 Tableau comparatif des trois types de variables aléatoires
Proposition 9.1 — (Tableau comparatif)
| Propriété | VA discrète finie | VA discrète infinie | VA à densité |
|---|---|---|---|
| Loi | P(X = x_k) = p_k | P(X = x_k) = p_k | f_X densité |
| Condition | \sum p_k = 1 | \sum p_k = 1 | \int f = 1 |
| P(X = a) | p_a | p_a | 0 |
| P(a \leq X \leq b) | \sum_{a \leq x_k \leq b} p_k | \sum_{a \leq x_k \leq b} p_k | \int_a^b f |
| Espérance | \sum x_k p_k | \sum x_k p_k | \int x f(x)\, dx |
| Variance | \sum (x_k - E(X))^2 p_k | \sum (x_k - E(X))^2 p_k | \int (x - E(X))^2 f(x)\, dx |
10 Exercices
Exercice 10.1 — (Loi uniforme)
Soit X \hookrightarrow \mathcal{U}([0, 1]).
- Déterminer la densité et la fonction de répartition de X.
- Calculer E(X) et V(X).
- Soit Y = X^2. Déterminer la loi de Y.
Exercice 10.2 — (Loi exponentielle)
Soit X \hookrightarrow \mathcal{E}(\lambda).
- Déterminer la fonction de répartition de X.
- Montrer que P(X > s + t \mid X > s) = P(X > t) pour tout (s, t) \in (\mathbb{R}^{+*})^2.
- Calculer E(X) et V(X).
Exercice 10.3 — (Produit de convolution)
Soient X \hookrightarrow \mathcal{U}([0, 1]) et Y \hookrightarrow \mathcal{U}([0, 1]) indépendantes.
- Déterminer la loi de X + Y.
- Déterminer la loi de \max(X, Y).
- Soit (X_1, \ldots, X_n) une famille de variables aléatoires indépendantes suivant toutes \mathcal{U}([0, 1]). Déterminer la loi de \min(X_1, \ldots, X_n).
Exercice 10.4 — (Loi normale)
Soit X \hookrightarrow \mathcal{N}(\mu, \sigma^2).
- Montrer que X^* = \frac{X - \mu}{\sigma} \hookrightarrow \mathcal{N}(0, 1).
- Soit a \in \mathbb{R}. Exprimer P(X \leq a) en fonction de la fonction \Phi de répartition de la loi normale centrée réduite.
- Soient X \hookrightarrow \mathcal{N}(2, 4) et Y \hookrightarrow \mathcal{N}(-1, 9) indépendantes. Déterminer la loi de X + Y.
Exercice 10.5 — (Inégalité de Bienaymé-Tchebychev)
Soit X une variable aléatoire à densité avec E(X) = 5 et V(X) = 4.
- Majorer P(|X - 5| \geq 3).
- Minorer P(3 \leq X \leq 7).
Exercice 10.6 — (Loi gamma)
Soit X \hookrightarrow \Gamma(\alpha, \lambda) avec \alpha > 0 et \lambda > 0.
- Vérifier que f_X est bien une densité de probabilité.
- Calculer E(X) et V(X) en fonction de \alpha et \lambda.
- Montrer que la loi exponentielle \mathcal{E}(\lambda) est un cas particulier de la loi gamma.
Exercice 10.7 — (Théorème de la limite centrée)
On lance n fois un dé équilibré. Notons S_n la somme des résultats obtenus.
- Calculer E(S_n) et V(S_n).
- En utilisant le théorème de la limite centrée, donner une approximation de P(S_n \leq 3,2n) pour n grand.
Exercice 10.8 — (Convergence de Poisson)
Soit (X_n) une suite de variables aléatoires avec X_n \hookrightarrow \mathcal{B}(n, \frac{\lambda}{n}).
- Montrer que pour tout k \in \mathbb{N} : P(X_n = k) \xrightarrow[n \to +\infty]{} \frac{\lambda^k}{k!} e^{-\lambda}
- Conclure que X_n \xrightarrow{\mathcal{L}} \mathcal{P}(\lambda).